Depuis cinq ans, le marché suisse des boissons sucrées stagne. L'an dernier les ventes ont même baissé de 0,6%. Certains producteurs s'en sortent toutefois mieux que d'autres, à l'image de Rivella, qui a une nouvelle fois grignoté du terrain sur ses adversaires. En Suisse, ses ventes de boissons sucrées (Rivella rouge et Rivella bleu, Passaia, Activ, Marathon), progressent de 1,7%, pour atteindre 65 millions de litres, soit plus de deux tiers de l'ensemble des ventes de la société. Dans ce domaine, ses parts de marché atteignent désormais 12,4%, contre 12,1% un an auparavant. Rivella consolide ainsi sa place de no 2 suisse des boissons sucrées derrière le géant Coca-Cola.

Capacité d'innovation

Créé en 1952 à Stäfa par un étudiant en droit de 28 ans, le Rivella séduit donc toujours autant. Pour continuer à croître, l'entreprise, qui s'est installée entre-temps à Rothrist, dans le canton d'Argovie, mise cependant sur un nouveau produit: le Rivella vert. A base de thé vert, le nouveau Rivella cherche à s'imposer dans les bureaux, à la place de l'eau minérale. «Le thé vert a une action tonifiante, il stimule les énergies et favorise la concentration», affirme Franz Rieder, patron de Rivella. En 1959, avec le lancement du Rivella bleu, l'entreprise familiale avait déjà démontré sa capacité d'innovation, puisqu'il s'agissait de l'un des premiers produits «light». «Dorénavant, nous sommes en mesure de proposer un désaltérant pour toutes les phases de la vie. Le rouge pour la pratique du sport, le bleu pour les loisirs et le vert pour le travail», relève Franz Rieder. D'ici à 2001, la société argovienne espère vendre plus de 10 millions de litres de Rivella vert. Mais entre les différents types de Rivella, le risque de cannibalisme existe. La société l'a même quantifié. «Le Rivella vert pourrait faire baisser les ventes de rouge et de bleu de 20% environ», estime Franz Rieder. Globalement toutefois, l'ensemble des ventes de Rivella devrait progresser. Sur le marché depuis trois semaines, la nouvelle boisson rencontre semble-t-il le succès escompté, sans que l'on puisse toutefois en savoir plus. Les responsables de l'entreprise préfèrent en effet rester discrets vis-à-vis de la concurrence.

Rivella réalise la grande majorité de son chiffre d'affaires avec les boissons sucrées, mais elle vend également des jus de fruits. L'an dernier, les ventes de jus Michel ont d'ailleurs enregistré une progression de 20%, pour atteindre 8,7 millions de litres. Un bond spectaculaire obtenu grâce aux deux nouveautés lancées en 1997: le Ice Lemon et le Bodyguard. Sur l'ensemble du marché suisse, Rivella a vendu l'an dernier 75,8 millions de litres, soit 83% de sa production. Le reste, 14, 8 millions de litres étant écoulé à l'étranger. Principalement aux Pays-Bas, où la société réalise 90% de ses ventes hors de Suisse. Un été particulièrement froid n'a cependant pas incité les Hollandais à consommer des boissons sucrées, ce qui a provoqué une baisse de 3,3% des ventes à l'étranger. Moins influencées par les conditions météorologiques, les ventes en Suisse ont en revanche progressé de 3,4%. Globalement le chiffre d'affaires de la société a grimpé de 2%, à 11,2 millions de francs. Le bénéfice est également en hausse, puisqu'il progresse de 5,5%, à 57 millions de francs.

Malgré la performance en demi-teinte réalisée à l'étranger, Rivella compte bien augmenter nettement ses ventes hors de Suisse et notamment en Angleterre (lire Le Temps du 27 février). Depuis, le mois d'avril, l'entreprise argovienne commercialise en effet, en grandes surfaces, ses produits. Comme la campagne de publicité n'a démarré qu'a mi-juin, il est encore trop tôt pour tirer un premier bilan. Les objectifs sont cependant ambitieux. «A terme nous pensons réaliser 40% de nos ventes à l'étranger», affirme Alexander Barth, responsable de la division internationale. Un pari risqué qui pourrait toutefois rapporter gros. Le marché anglais des boissons sucrées est en effet dix fois plus important qu'en Suisse.