«J’ai 500 000 francs, que puis-je en faire?» A cette question simple, de multiples réponses sont possibles. Mais avec un tel montant, et au vu des conditions financières actuelles, le champ des possibilités n’est pas illimité pour le petit investisseur privé.

Première étape, insiste Roland Bron, le directeur romand du bureau de conseil financier VZ: «Il faut d’abord consacrer du temps à définir son profil.» Quels autres revenus? Quelle tolérance au risque? Quel horizon de placement? Quels besoins futurs en capitaux, à quelle fréquence?

Un simple exemple: une personne de 50 ans qui souhaite placer ce capital jusqu’à sa retraite, soit pendant quinze ans, pourra opter pour une stratégie «dynamique». C’est-à-dire un peu plus risquée qu’une personne de 65 ans qui a besoin d’un rendement de 30 000 francs par an pour améliorer sa rente. Sur ces questions, François Savary tient le même discours. Le directeur des investissements chez Prime Partners ajoute: «Une chose est sûre, avec 500 000 francs, il faut s’orienter au maximum vers des actifs liquides.»

Les actions, toujours et encore

Autre point de concordance: pour réduire les frais, forcément plus élevés que pour un institutionnel ou une grande fortune, les ETF et autres fonds indiciels doivent être privilégiés. De la gestion passive donc.

La stratégie donc. Là aussi, nos deux experts sont d’accord: les actions sont la catégorie d’actifs la plus intéressante. Même si elles sont déjà relativement chères, que leur longue phase de hausse commence à susciter la méfiance, elles restent prisées par les investisseurs, car ceux-ci manquent d’alternatives. En plus, les résultats d’entreprises vont en s’améliorant.

Si les actions sont recherchées, c’est aussi parce que bon nombre d’entreprises se montrent généreuses envers leurs actionnaires. Le rendement du dividende des membres du SMI atteint 3,3% (ce vendredi). Soit 3,5% de plus que le rendement de -0,2% d’une obligation de la Confédération à 10 ans. Pour la Suisse, Roland Bron cite Novartis, Nestlé ou Swisscom. Des valeurs défensives, donc. C’est avec ce type d’actions qu’il faut constituer son «fonds de portefeuille», considère François Savary. Qui ajoute spontanément Roche ou L’Oréal à cette liste.

Il faut trier les technos

Mais puisque la conjoncture semble s’améliorer, qu’en est-il des titres cycliques? «Nous conseillons souvent à nos clients de miser sur des thématiques, reprend François Savary. Si on a suffisamment de temps, celle de l’énergie peut redevenir intéressante.» Dans l’immédiat, poursuit-il, les nouvelles technologies présentent de belles opportunités. Google, Facebook, Apple, Netflix et les autres… Avec elles, Roland Bron se montre prudent. Ces titres sont chers et les attentes très élevées. Autrement dit, une déception sur les chiffres publiés pourrait provoquer des baisses conséquentes.

François Savary précise: «C’est vrai, ces entreprises sont très «hypes» en ce moment. Mais les nouvelles technologies incluent des sous-thèmes, comme la robotique. Si vous croyez à la voiture autonome ou à la révolution numérique dans la santé, certaines entreprises valent la peine d’être étudiées.»

Reste les obligations. Aujourd’hui, alors que l’environnement de taux zéro qui règne depuis 2009 semble vouloir s’achever, «elles constituent principalement un risque», prévient Roland Bron. Ce risque, c’est celui de voir baisser le cours des obligations à long terme, si des hausses de taux interviennent avant leur échéance. Un effet qui sera plus marqué dans la catégorie des emprunts étatiques que des emprunts privés.

Il vaut donc mieux miser sur des titres d’emprunt d’entreprises de courte ou de moyenne durée, de 3 à 6 ans, qui constituent un bon équilibre entre gestion de ce risque de taux et la rentabilité – une obligation à 1 an ne rapporte rien. De plus, ajoute François Savary, si des doutes venaient à s’installer sur la dynamique de la reprise, et donc à la fois sur la rentabilité des entreprises et sur leur capacité à rembourser leurs dettes, les actions et les obligations à longue échéance pourraient baisser simultanément.

L’or, le high yield ou les rachats de 2e pilier

Dans la catégorie «autres», le responsable de Prime Partners évoque l’or. Utile, en cas de coup dur. Mais aussi le private equity – les entreprises non cotées en bourse. Sauf que les prix d’entrée sont trop élevés pour celui qui n’a que quelques centaines de milliers de francs à investir.

Roland Bron cite, lui, les obligations convertibles, ou les «high yield» d’entreprises de plus petite taille. Hors marché financier, l’immobilier est aujourd’hui moins sûr qu’il y a quelques années. Car là aussi, des hausses de taux – certains économistes s’attendent à la fin des taux négatifs en 2019 en Suisse – pourraient avoir un effet négatif sur la demande, et donc sur la valeur des objets.

Une idée originale? «Les rachats de 2e pilier!» Selon Roland Bron, cette solution est négligée, mais elle est aussi «souvent la meilleure, à condition que la caisse de pension soit en bonne santé». La déduction fiscale permet d’économiser entre 25 et 40% du montant du rachat. Et lorsque ces montants sont retirés sous forme de capital, ils sont fiscalisés à hauteur de 5 à 15%, selon la somme et le domicile. A elle seule, conclut l’expert de VZ, cette différence d’imposition «permet d’augmenter le rendement de façon considérable. Et ce, sans prendre de risques supplémentaires».