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Le stage reflète les inégalités socio-économiques et de genre. Les femmes ont par exemple jusqu’à huit fois plus de chances de se retrouver en stage que les hommes, dans le secteur des sciences naturelles aux Etats-Unis. 
© H. Armstrong Roberts/ClassicStock

Travail

Faire un stage ne facilite pas l’accès à l’emploi

Il n’y a aucune causalité entre expériences pré-professionnelles et insertion sur le marché du travail, selon une étude de l’Université de Genève. Pour certains, les stages ne font que renforcer les inégalités socio-économiques

Difficile d’éviter de passer par la case stage quand on est issu de la génération des «Millennials». Depuis une dizaine d’années, les expériences pré-professionnelles de ce type sont devenues un passage obligatoire pour tous les jeunes diplômés cherchant à entrer dans le monde du travail. Or, une étude vient briser un mythe largement entretenu par les conseillers en orientation et autres spécialistes en ressources humaines: faire un stage ne facilite pas l’accès au marché de l’emploi.

C’est une équipe de chercheurs de l’Université de Genève qui le dit, après avoir sondé 1500 diplômés en sciences sociales entre 2005 et 2015. Conclusion: «Il n’y a pas de lien de causalité entre la réalisation d’un stage et le fait de se retrouver en emploi», confirme sa coauteure Emilie Rosenstein.

Des stages contre des premiers emplois

L’étude montre aussi une explosion du nombre de stages. Les diplômés en 2012 ont effectué plus de deux fois plus de stages extra-cursus (1,30 par personne) que la promotion 2006. A ceux-là s’ajoutent également les stages intra-cursus (0,6 par étudiant), qui ont aussi suivi une progression linéaire en raison de l’institutionnalisation du stage dans de nombreux cursus universitaires. Globalement, un quart des diplômés ont passé plus d’un an en stage.

En fait, la généralisation de la pratique aurait même tendance à éloigner les diplômés de leur premier emploi. C’est en tout cas ce que dénoncent les organisations de défense des stagiaires depuis plusieurs années. «A l’ONU, les postes de juniors ont quasiment tous disparu, au profit de postes de stagiaires», souligne Alex Renault, de Fair Internship Initiative à Genève, un organisme qui milite pour réformer les politiques d’embauche dans le système onusien.

Le stage, miroir des inégalités

Mais la thématique des stages abusifs ne se limite pas aux organisations internationales, mais concerne aussi les médias, les ONG ou certaines institutions culturelles. Les cantons de Genève et Neuchâtel ont édicté une série de critères permettant d’identifier et de dénoncer les pratiques douteuses. Car tous les stages ne sont pas bons à jeter. Certaines expériences à haute valeur ajoutée ont bien une influence positive sur le niveau de compétences exercé par la suite en emploi, rappelle Emilie Rosenstein, qui attribue ces résultats à la «grande diversité» d’expériences professionnelles qui peuvent être recoupées sous la terminologie de stage.

A ce titre, une étude d’Intern Bridge aux Etats-Unis a révélé le rôle que jouent le milieu socio-économique et le réseau social dans l’obtention des stages les plus valorisés par les employeurs. Pour Anastassia, 29 ans, les stages représentent «de nouvelles barrières à l’entrée». «Mes parents sont retournés vivre en Russie. J’avais donc un loyer à payer pendant mes études de socio-économie. A l’inverse d’autres étudiants, je ne pouvais pas me permettre de faire des stages non rémunérés à tire-larigot.» Conséquence: ses six ans d’auxiliaire dans une grande banque de la place genevoise ne sont pas considérés comme une expérience valable dans le développement. Malgré une soixantaine de postulations, elle n’est même pas parvenue à décrocher un entretien d’embauche.

Anastassia n’est pas la seule à souffrir de cette nouvelle forme d’inégalité. D’après un sondage de Fair Internship Initiative, 76% des stagiaires des organisations onusiennes ont eu besoin de l’aide financière de leurs parents. L’analyse géographique du «personnel gratuit» de l’ONU est également éloquente: l’année dernière, il y avait plus de stagiaires venant de France (314) que de l’ensemble du continent sud-américain (278).

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