Bien qu’anticipée par les analystes, la perte nette essuyée par Credit Suisse à la fois au quatrième trimestre et sur l’ensemble de l’année a été mal digérée par les marchés jeudi. Peu après l’ouverture, l’action a dévissé de plus de 9%, portant à près de 30% le recul affiché depuis le début de l’année. L’amortissement du goodwill de près de 4 milliards de francs lié à l’acquisition de Donaldson, Lufkin & Jenrette (DLJ) porté en compte au dernier trimestre a occasionné une perte nette de près de 6 milliards pour la banque d’octobre à décembre et de près de 3 milliards sur l’ensemble de l’exercice.

Compte tenu de la volonté affichée par Tidjane Thiam l’automne dernier de repartir sur une nouvelle base en amortissant le plus largement possible la banque d’affaires américaine rachetée par Credit Suisse au début des années 2000 – dont la valeur au bilan dépassait encore les 8 milliards de francs –, la seule annonce de cette charge ne suffit pas à expliquer la réaction extrêmement négative des marchés.

■ L’unité suisse est la plus rentable

Jeudi matin, les nouvelles négatives dans la série de résultats au quatrième trimestre ont davantage pesé dans la balance que les rares lueurs à l’horizon. En termes de rentabilité, parmi les trois unités régionales du groupe, seule la banque universelle suisse (Swiss Universal Bank) se démarque en dégageant un résultat avant impôts de 367 millions de francs entre octobre et décembre, presque aussi élevé que les trois mois précédents (394 millions).

Sur l’ensemble de l’année, l’unité, dont une partie du capital devrait être placé en bourse en 2017, a généré un bénéfice avant impôts de 1,66 milliard, contre 1,98 milliard en 2014. Seule ombre au tableau, les activités de gestion de fortune de l’unité helvétique ont subi des sorties d’argent de 2,9 milliards au quatrième trimestre, même si le solde reste positif sur l’ensemble de l’année (3,2 milliards).

■ L’argent continue d’affluer en Asie

Les activités de gestion de fortune internationale (IWM) ont, elles, affiché une légère perte au quatrième trimestre. Sur l’année, le bénéfice avant impôts de l’unité a fondu de 42% à 709 millions de francs. La division a subi des sorties de fonds dans ses activités de gestion de fortune aussi bien au dernier trimestre (4,2 milliards) que sur l’ensemble de l’année (3 milliards).

En comparaison, la division Asie-Pacifique (APAC) a continué de voir affluer dans ses coffres 3 milliards de francs au dernier trimestre, portant à 17,8 milliards l’afflux d’argent frais sur l’ensemble de 2015, soit 300 millions de plus qu’en 2014. Au dernier trimestre, l’unité a toutefois aussi subi une perte avant impôts de 617 millions de francs.

Quant aux deux autres unités qui servent de support aux divisions régionales – Global Markets et Investment Banking & Capital Markets –, elles terminent toutes deux largement dans les chiffres rouges aussi bien au dernier trimestre que sur l’ensemble de l’année.

■ Des chiffres inférieurs aux attentes, pourtant déjà très basses

La déception était palpable dans les commentaires d’analystes, même si certains hésitent à voir le verre à moitié vide – ou à moitié plein. Pour J. Safra Sarasin, il n’y a aucun doute sur le fait que le quatrième trimestre n’a pas été à la hauteur des attentes. Toutefois, la banque voit certains éléments positifs dans cette série de résultats, notamment en comparaison avec Barclays ou Deutsche Bank. Elle juge ainsi l’action de Credit Suisse comme étant désormais «attrayante» en termes d’évaluation comparée à UBS, dont le titre a aussi sévèrement chuté de plus de 8% mardi. Plus sévère, la Banque Cantonale de Zurich estime que Credit Suisse n’est pas parvenu à publier des chiffres à la hauteur des attentes, pourtant déjà très basses.

Vers 14 heures, l’action de Credit Suisse accentuait ses pertes en chutant de plus de 11% à 14,6 francs, son plus faible niveau depuis 2012.


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