L'Oréal a simplifié la répartition de son capital. Les deux principaux actionnaires du géant de la cosmétique, Nestlé et la famille Bettencourt, ont mis fin à un accord d'actionnariat vieux de 30 ans, qui arrive à échéance le 26 mars. La holding Gesperal (détenue respectivement à 49% et 51% par les deux actionnaires) verrouillait tout accès direct au capital, grâce notamment à un système de droits de vote qui comptait double. Basée à Paris, la holding va simplement disparaître par fusion pour éviter les inconvénients fiscaux qu'impliquerait une dissolution.

Désormais, les deux grands actionnaires ont un accès direct au capital de L'Oréal: la famille Bettencourt, avec 27,5% du capital, et Nestlé, 26,4%. Ils ont convenu toute une série de clauses contractuelles pour se protéger d'un éventuel assaut sur son capital. Ainsi, le niveau de participation ne devrait pas être modifié «du vivant de Liliane Bettencourt, fille du fondateur de L'Oréal, et en tout état de cause pour une durée de trois ans minimum». Ils s'engagent aussi à conserver leurs titres pendants cinq ans. Mais rien n'interdit à un autre groupe de lancer une offre d'achat sur le tiers du capital restant. Dans ce cas de figure, les deux actionnaires principaux auraient «la faculté d'apporter leurs titres à l'offre ou de surenchérir», selon le communiqué des deux partenaires. Mais la probabilité d'une telle opération est actuellement faible, puisque chacun des actionnaires a un droit de préemption mutuel sur leur participation pour dix ans.

Nestlé pourra entamer un «dialogue stratégique»

Pour Nestlé, cet accord est une bonne nouvelle. Il laisse la porte ouverte pour une future augmentation dans le capital de L'Oréal ou un rachat. Et surtout, le groupe se débarrasse d'une épée de Damoclès, car selon le pacte précédent, si la famille Bettencourt voulait vendre ses parts, Nestlé devait les lui racheter obligatoirement. En outre, le groupe vaudois bénéficiera désormais d'«un vote, une voix». C'est en avril que l'assemblée générale de L'Oréal se prononcera sur la suppression du vote double, qui touche tout actionnaire qui a gardé ses titres plus de deux ans. «Le groupe veveysan, qui n'avait rien à dire jusqu'à maintenant, va pouvoir entamer un dialogue stratégique», souligne James Amoroso, analyste financier chez Pictet & Cie.

Le conseil d'administration de L'Oréal, avec un partage de trois administrateurs pour la famille Bettencourt et autant pour Nestlé, mais aussi avec un vice-président de chaque côté, veut respecter un certain équilibre entre les deux grands actionnaires. Le président directeur général, Lindsay Owen-Jones, va chapeauter un nouveau comité «stratégique et de réalisation». «Celui-ci aura comme objectif d'accorder les violons des deux grands actionnaires», précise François-Xavier Perroud, porte-parole de Nestlé.

Lindsay Owen-Jones a confirmé que «cet accord renouvelle la stabilité de l'actionnariat. L'Oréal n'est pas la petite société vulnérable que certains imaginent. Si l'action est restée extrêmement calme ce matin, c'est que le marché ne considère pas comme évidente une OPA sur L'Oréal.»

Outre le pacte qui lie les actionnaires, les deux partenaires possèdent ensemble deux coentreprises. L'une en dermatologie (Galderma) et l'autre pour la commercialisation d'aliments à des fins cosmétiques (Innéov). «Ces deux entités ne sont ni affectées, ni modifiées par ce nouvel accord. Et rien ne s'oppose à créer d'autres collaborations de ce type», assure François-Xavier Perroud.

Le numéro un de la cosmétique, avec des marques comme Lancôme, Vichy, Gemey, Biotherm ou encore Garnier, vendues auprès du public grâce à Claudia Schiffer ou Laetitia Casta, pèse plus de 14 milliards d'euros de ventes et dégage deux milliards de bénéfice. Le groupe est un joyau qui permet à Liliane Bettencourt, 82 ans, d'être à la tête d'une des plus grandes fortunes au monde. Au cours actuel de l'action, L'Oréal vaut 40 milliards.