Le projet de fusion entre Hewlett Packard (HP) et Compaq a de plus en plus de plomb dans l'aile. La Fondation David et Lucile Packard, principal actionnaire de HP, a annoncé vendredi son opposition à la fusion avec Compaq. Malgré ce nouveau coup dur, la direction de HP a déclaré dimanche vouloir maintenir son offre d'achat d'un montant de 25 milliards de dollars. Elle devra batailler ferme pour convaincre le reste des investisseurs institutionnels et particuliers de se prononcer en sa faveur lors d'une prochaine assemblée générale extraordinaire, qui devrait se tenir au plus tôt fin février 2002.

L'opposition au projet de Carly Fiorina, présidente du conseil d'administration et directrice de HP, annoncé le 3 septembre s'épaissit. Et la fondation David et Lucile Packard y apporte tout son poids, elle qui contrôle 10,4% du capital de l'entreprise. Désormais, si l'on tient compte des titres détenus par la fondation et les familles Hewlett et Packard, le front du refus représente 18% du capital de HP. Et bon nombre d'observateurs s'accordent sur le fait que les intérêts opposés à la fusion sont bien plus nombreux. «Cela va être extrêmement difficile de conclure la transaction sans le soutien de la fondation», indique Todd Ahlsten, directeur de la recherche auprès de Parnassus Investments (détenteur de titres des deux sociétés), cité par l'agence Bloomberg.

Le quitte ou double de Carly Fiorina

Carly Fiorina devra donc déployer tout son talent pour séduire en particulier les investisseurs institutionnels – contrôlant 57% du capital – de la validité de l'absorption de Compaq, qui devrait permettre à la nouvelle entité de se développer dans le secteur des services informatiques aux entreprises et des nouvelles communications par Internet. Les bénéfices d'une telle union restent cependant flous pour beaucoup d'observateurs, la combinaison des activités des deux entreprises ne débouchant pas forcément sur la création de valeur ajoutée supplémentaire. De plus, les résultats du troisième trimestre avaient clairement indiqué que la richesse de HP résidait dans le domaine des imprimantes, plutôt que dans le reste de ses activités informatiques.

Quant aux 25% des titres restants, ils sont détenus par des investisseurs particuliers, dont les employés de HP (environ 5%). Ces derniers, qui ont déjà consenti des baisses de salaires et ont vécu d'importantes réductions d'effectifs cette année (6000 postes), ne voient pas forcément ce projet d'un bon œil. D'autant que la fusion devrait aboutir à une suppression de 15 000 emplois touchant les deux groupes.

Si Carly Fiorina n'arrive pas à ses fins, cela pourrait aussi bien sonner le glas de sa carrière au sein de HP. Appelée à la rescousse il y a deux ans pour remodeler le fabricant d'ordinateurs, après un travail remarqué à la direction de Lucent Technologies, l'échec de la fusion risque d'être interprété comme celui de son action à la tête de HP. Les résultats du troisième trimestre, meilleurs que prévus, ne vont donc peut-être pas résister à la prise de position de la Fondation David et Lucile Packard.

En fin de journée, les titres de HP et Compaq connaissaient des évolutions diverses à la Bourse de New York. Vers 17 heures (heure suisse), HP perdait environ 2% à 22,93 dollars, alors que Compaq était nettement plus affectée par l'éventualité de l'échec de la fusion, perdant plus de 11% à 9,98 dollars.