L'action Fantastic a-t-elle de l'avenir sur le Nouveau Marché de Francfort? «Oui», affirme Andreas Emmenegger, directeur financier de la société. Le titre du fabricant suisse de logiciels a pourtant plongé de 68% depuis le début de l'année, sous-performant le Nouveau Marché, qui a chuté de 50%. Affichant quelque 0,57 euro à la clôture de vendredi, l'action Fantastic ne remplit plus le critère du prix moyen d'un euro par action fixé par la Bourse allemande dès octobre prochain.

Mais pour qu'il soit question d'une exclusion du marché des valeurs de haute croissance de Francfort, il faudrait en plus que la capitalisation boursière de la société tombe en dessous de 20 millions d'euros. Or, avec plus de 70 millions d'euros, Fantastic dépasse confortablement la limite réglementaire. Dès le 1er octobre en effet, les hôtes du Neuer Markt qui ne rempliraient pas ces deux critères ainsi que ceux de solvabilité pendant quinze jours consécutifs seront éjectés de l'indice. Si, malgré tout, la faible valeur de l'action Fantastic devait constituer un problème, Fantastic ne quittera pas l'indice pour autant: la direction envisage un «reverse split», a indiqué Andreas Emmenegger au Temps. Il s'agirait d'un échange de dix actions actuelles contre une nouvelle dont la valeur serait multipliée par dix, afin de faire remonter le cours de 0,6 euro, par exemple, à 6 euros.

Mais les affaires ne se portent pas mieux pour autant. Spécialisé dans les logiciels utilisés dans le transfert de données sur large bande (câble, satellite, technologie DSL, téléphonie mobile) Fantastic a, jusqu'à présent, surtout travaillé pour des sociétés de télécommunications. Les plus grandes, comme British Telecom ou Deutsche Telecom, utilisent déjà les logiciels de l'entreprise zougoise. «Nous voulons réduire notre dépendance envers ce type de client», affirme Andreas Emmenegger. «Ces douze prochains mois, nous travaillerons dans le B2B en partenariat avec IBM et Hewlett Packard, qui veulent non seulement participer au marché du broadband (large bande, ndlr), mais en être les pionniers», indique le CFO, qui mentionne que les produits conjoints de Fantastic avec IBM et HP ont déjà cinq clients potentiels. «Nous sommes confiants qu'au moins un contrat sera signé au deuxième semestre. C'est nécessaire pour restaurer la crédibilité de la société.»

Si le marché des logiciels pouvant transférer non seulement des données, mais également du son et des images est prometteur, les nombreux avertissements sur bénéfices et plans de restructuration annoncés par des clients cibles de Fantastic réduisent nettement la visibilité des ventes du groupe. «Les technologies nouvelles comme celles de Fantastic sont toujours les premières visées en cas de réduction des investissements», déplore Andreas Emmenegger, «en raison de l'incertitude quant au retour sur de tels investissements, encore peu testés», explique le CFO.

La société a annoncé vendredi des ventes en recul de 71% au premier semestre, à 3,4 millions de dollars. L'entreprise que dirige l'ex-directeur de La Poste, Reto Braun, a vu sa perte se creuser à 34,6 millions, en raison de coûts de restructuration de 6 millions. Fantastic avait annoncé en décembre dernier des mesures drastiques, qui devaient lui permettre d'afficher des chiffres positifs en 2001.

Réduction des effectifs

Cet objectif s'avère trop optimiste à l'heure du bilan intermédiaire de 2001: une issue bénéficiaire est improbable cette année. La restructuration a entre-temps débouché sur une réduction de 50% des effectifs, qui passent de 350 à 183, et des coûts d'exploitation trimestriels, qui baissent de 15 à 7,5 millions de dollars. A ce niveau de coûts, la société peut être rentable avec 10 millions de ventes trimestrielles, contre 20 millions auparavant. Pour atteindre l'équilibre (pas de pertes, pas de bénéfices), le chiffre d'affaires annuel doit donc atteindre 40 millions. Sachant que la société attend pour 2001 des ventes entre 10 et 20 millions, même le haut de cette fourchette correspond à 50% de cet objectif.