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Le fardeau de la dette, une arme de la «guerre» des générations

Le 44e Symposium de Saint-Gall a réuni des leaders politiques et économiques.La gestion des retraites reste un thème prioritaire dans des sociétés vieillissantes

Le fardeau de la dette, une arme de la «guerre» des générations

Débat Le 44e Symposium de Saint-Gall a réuni des leaders politiques et économiques

La gestion des retraites reste un thème prioritaire dans des sociétés vieillissantes

Le message n’a rien d’enthousiasmant. Et pourtant, Lady Barbara Judge a été l’une des rares oratrices du Symposium de Saint-Gall à proposer une solution aux multiples problèmes découlant du «clash des générations», thème proposé pour la 44e édition de ce «petit Davos» qui s’est tenu jeudi et vendredi et avait invité Le Temps et d’autres médias. «Epargner davantage. Travailler plus longtemps. Dépenser moins». C’est le triptyque qui devrait guider chaque particulier, selon la présidente du UK Pension Protection Fund, un fonds britannique qui assure un revenu minimum aux employés d’entreprises en faillite ou incapables de payer les retraites de leurs employés pour une autre raison.

Se référant à sa propre mère, qui a travaillé jusqu’à 87 ans, cette Anglo-Américaine a jugé que la société avait «l’obligation de laisser les citoyens travailler plus longtemps». C’est pour elle un moyen de restaurer le contrat social.

Un contrat social dont «les limites ont clairement été dépassées» dans nombre de pays développés, a ajouté Axel Weber, président du conseil d’administration d’UBS. Le fardeau du financement des retraites dans des économies vieillissantes a fait partie des thèmes débattus. Car, comme l’a souligné l’économiste, en Suisse, le «ratio de dépendance», qui mesure le nombre d’actifs finançant un retraité est de 3 pour 1 et sera de 2 pour 1 d’ici à 2030.

«En Allemagne, le système des retraites a été mis en place par Bismarck dans les années 1850», a rappelé l’ancien gouverneur de la Bundesbank. L’âge du départ avait alors été fixé à 65 ans. L’espérance de vie dans le pays s’élevait à 59 ans. Cette dernière atteint désormais 83 ans, a-t-il poursuivi, tandis que les Allemands arrêtent définitivement de travailler en moyenne autour de 61 ans. Que s’est-il passé entre-temps? «Ger­hard Schröder a voulu réformer le système et augmenter l’âge de la retraite d’un mois par année pour atteindre 67 ans», a ajouté Axel Weber, qui faisait partie de ses conseillers à l’époque. «Il a pris la bonne décision et il aurait même dû aller plus loin, mais cela lui a coûté son job.» Car, pour le président de la première banque suisse, il faudrait même «massivement» relever l’âge du départ à la retraite.

Allonger la durée du travail a été largement plébiscité par les participants. D’autant que les fonds utilisés pour financer les retraites ne peuvent pas être utilisés pour encourager l’éducation, creusant encore les désaccords entre générations. Pourtant, plutôt que de choisir l’un ou l’autre, Kuniko Inoguchi, membre du parlement japonais et ancienne ministre d’Etat, responsable des affaires sociales et des questions de genre, du gouvernement Koizumi, a suggéré d’allouer les dépenses de l’armement pour financer l’éducation.

Et, ainsi, éviter une confrontation croissante. Car, pour Laurence Kotlikoff, professeur d’économie à l’Université de Boston, le clash des générations n’est «qu’une formule polie pour ce qui constitue une guerre contre nos enfants». Elle n’est «pas combattue avec des armes mais avec un environnement pollué, un système des retraites sous-financé, une montagne de dettes dont ils hériteront», a asséné l’académicien en ouverture de l’événement, qui réunit chaque année à l’Université de Saint-Gall décideurs politiques, économiques et académiciens aux côtés d’étudiants du monde entier choisis comme «leaders de demain».

Dans ce contexte tendu, l’avenir ne s’annonce pas plus facile. Paul Achleitner, président du conseil de supervision de Deutsche Bank, a prévenu: «Le désendettement aura un effet majeur sur notre société. Personne n’a vraiment réfléchi à ce que signifierait performer une fois que nous ne pourrons plus puiser dans cette drogue que nous appelons le levier. Nous ne pourrons plus courir aussi vite et sauter aussi haut que lorsque nous en prenions.» Ce d’autant que l’environnement de taux d’intérêt bas rend la recherche de rendements encore plus difficile.

Le fonds souverain norvégien, qui a pour vocation de gérer les retombées des ressources pétrolières, peut fournir d’autres pistes de réflexion pour préparer l’avenir des nouvelles générations. Selon son mandat qui est voté tous les quatre ans par le parlement, le fonds, qui gère 840 milliards de dollars – une fois et demie le PIB de la Norvège –, peut investir 60% de sa fortune dans les actions étrangères. Il s’est ainsi fixé un objectif de rendement de 4%. Créé en 1990, le Government Pension Fund Global a généré une moyenne de 5,7% de rendement entre 1998 et 2013, sans doute aidé par la performance quasi record de 2013 avec une hausse de 15,9%. Une performance qui a pu faire saliver nombre de gérants de fonds de pension, mais qui, eux, sont contraints par des limitations des investissements dans les actions.

La société a «l’obligation de laisser les citoyens travailler plus longtemps»

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