Tout autour du monde, les places financières ont plongé jeudi après l’annonce de l’entrée des forces terrestres russes en Ukraine. Les bourses asiatiques d’abord, puis les européennes dont certaines, comme celle de Francfort (-4%), ont violemment chuté. Wall Street leur a emboîté le pas, ouvrant en forte baisse.

Les indices américains se sont ensuite repris, aidant les places européennes à limiter la casse avant la clôture. «Les marchés mondiaux n’avaient pas intégré le scénario d’une guerre, expliquaient les analystes du gérant d’actifs français Amundi. Ils sont maintenant en train de s’ajuster au vu de la magnitude de l’action militaire. Il leur faudra du temps pour se calmer.»

Un tiers en moins

C’est logiquement la bourse russe, ouvrant peu avant les places européennes, qui était la plus secouée. Les échanges y ont même été suspendus pendant quelques heures. A leur reprise, l’indice Moex chutait de 14%. Les pertes se sont ensuite encore creusées, et en fin de séance il avait perdu un tiers de sa valeur. Le rouble a même touché un plus bas historique face à l’euro et au dollar au cours de la matinée jusqu’à ce que la banque centrale russe annonce qu’elle soutiendrait la devise nationale. Les obligations souveraines russes ont vu leur rendement bondir, jusqu’à 15% pour les emprunts à 10 ans.

En Suisse, l’indice SMI a perdu 2,6%. Les entreprises les plus actives en Russie ou potentiellement touchées par les sanctions étaient aussi les plus en baisse. L’une des pires performances de la bourse suisse, UBS a ainsi dégringolé de 8,2%. EFG et Vontobel perdaient les deux quelque 6,8 et 5,9%, tandis que Credit Suisse (-4,8%) et Julius Baer (-4,6%) étaient moins touchées. Le luxe n’a pas été épargné, à l’instar de Richemont (-6,5%). Dans l’industrie, Vetropack, qui compte une usine en Ukraine, lâchait aussi 5,6%, et Clariant, actif dans l’est du pays, perdait 5,5%. Comme les autres valeurs refuges, le franc a en revanche continué sa hausse. Le taux de change est même passé brièvement en dessous de 1,03 franc pour un euro, du jamais-vu depuis 2015.

Pas une surréaction

La plupart des experts sont formels: si l’adage dit «d’acheter au son du canon», il ne faut pas s’y fier aujourd’hui. «Ce n’est pas le moment, le marché ne comprend pas encore complètement l’impact de ce choc géopolitique», ont encore prévenu les experts d’Amundi. «Pour constituer une opportunité d’achat, il faudrait une surréaction des marchés, qui pour l’heure n’est pas manifeste», a ajouté Benjamin Melman, responsable des investissements d’Edmond de Rothschild Asset Management.

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Les marchés resteront encore «très volatils pendants quelques jours, jusqu’à ce que l’on sache clairement quelle sera la portée des sanctions occidentales et que l’on comprenne mieux si Poutine s’arrêtera aux frontières de l’Ukraine et des autres Etats de l’ancienne URSS», a renchéri Stefan Kreuzkamp, responsable des investissements du gérant d’actifs allemand DWS. Il précisait encore: «Les risques de récession en Europe ont augmenté.»

Le pétrole a, lui, continué de grimper et franchi la barre des 100 dollars, pour la première fois depuis 2014. Les prix du gaz ont aussi continué à flamber. «La fourniture d’énergie en Europe demeure la question économique majeure. L’Allemagne et l’Italie importent près de la moitié de leur gaz de Russie», a encore signalé Benjamin Melman.