Aris Prepoudis sera directeur de la gestion institutionnelle au sein de Notenstein Asset Management SA. La société n’est pas encore opérationnelle mais attend l’autorisation de la Finma. Elle regroupera les activités institutionnelles de Notenstein et de TCMG, avec ses boutiques Vescore (gestion quantitative) et 1741 Asset Management (gestion quantitative). L’autorisation est attendue pour la fin du premier semestre 2015.

La société devrait comprendre 12 milliards de francs d’actifs sous gestion et environ 180 collaborateurs. Ce nombre inclut les 45 employés qui avaient quitté J. Safra Sarasin pour rejoindre Notenstein et le groupe Raiffeisen. Aris Prepoudis faisait partie du groupe.

Le Temps: Comment s’est déroulée l’année 2014 pour les différentes entités du groupe que formera Notenstein Asset Management au second semestre 2015?

Aris Prepoudis: L’année 2014 a été très satisfaisante, notamment grâce aux compétences et à l’expérience commerciale de l’équipe institutionnelle qui est spécialisée dans le développement durable. Dès le début, nous avons également tiré profit du savoir détenu au sein des boutiques Vescore et 1741Asset Management.

Nous sommes parvenus à augmenter les actifs sous gestion en ce qui concerne les investisseurs institutionnels de 1,5 milliard de francs l’an dernier. La progression s’appuie essentiellement sur le développement durable, mais les stratégies quantitatives, notamment de smart beta, y ont également contribué.

Nous sommes d’autant plus satisfaits que la gestion institutionnelle est une branche qui réagit lentement au changement en raison des nombreuses instances qui interviennent dans l’octroi des mandats. Je suis moi-même surpris par la dynamique que nous avons créée. Dans le passé, nous étions déjà capables d’acquérir un milliard de francs d’argent frais par an, mais le changement de la société et de la structure constituait un risque indéniable.

Combien d’actifs sont investis dans vos différentes unités?

Vescore gère 7 milliards, 1741 Asset Management est à la tête de 2 milliards et Notenstein des autres 3-4 milliards des clients institutionnels. Nous tentons de convertir progressivement les clients de Notenstein aux charmes des investissements durables. Nous avons lancé toute une palette de 12 fonds et, uniquement au sein des fonds publics, plus de 200 millions sont investis dans les stratégies durables.

Est-ce que vous êtes déjà rentable?

Non, pas encore. Nous devons subir une traversée du désert en raison de nos nombreux investissements. L’engagement de 50 collaborateurs correspond en effet à un investissement. Nous devons en payer les coûts en attendant de futurs revenus et actifs sous gestion. Mais nous sommes capables d’assumer une croissance organique. Notre ambition est de gagner 2 milliards de francs de nouveaux actifs par année.

Avec 2 milliards par an, quand serez-vous bénéficiaire?

Nous devrons entrer dans la zone bénéficiaire à la fin de 2017. Avec 2 milliards par an et la marge habituelle de la gestion d’actifs, entre 20 et 30 points de base, nous atteindrons l’équilibre dans trois ans.

Vous n’êtes pas encore rentable. Allez-vous prendre des mesures d’économies opérationnelles?

Nous avons l’avantage de travailler en étroite collaboration avec Raiffeisen. Nous pourrons lui confier de nombreuses tâches administratives, juridiques, informatiques et les ressources humaines. L’effet sera très sensible sur nos résultats. C’est pourquoi je ne suis pas sous pression. On me parle souvent des investissements qui ont été consentis dans l’engagement de gérants. Mais on peine à comprendre pour quelle raison je les regarde avec un réel détachement.

Comment rester décontracté avec des pertes?

Je serai vraiment détendu lorsque nous serons bénéficiaires, mais je peux démontrer que nous avons un modèle d’affaires basé sur la croissance et non pas la baisse des coûts. Nous nous appuyons sur une maison mère solide. Je préférerais être bénéficiaire dès cette année, mais ce sera impossible.

Quel est l’avantage compétitif de Notenstein dans la gestion d’actifs?

Nous sommes une équipe de gérants extrêmement expérimentés dans les investissements durables et passés maître dans l’extraction de primes de risque sur les marchés de capitaux. Nos experts sont spécialistes en économétrie, en méthodes quantitatives, en exploration de primes de risque. Il en résulte une combinaison de forces passionnante. J’attends beaucoup de cette convergence, notamment en matière d’innovation.

Quelle est la qualité de la performance des différents fonds?

Nous avons enregistré un très bon premier semestre 2014. Certains produits sont au-dessus de l’indice de référence, d’autres non (fonds en actions). La dispersion est équivalente au reste de l’industrie. La performance a été très bonne dans la gestion quantitative, ce qui s’est traduit par un sensible afflux de nouveaux capitaux. Après la première semaine de janvier, nous avons déjà 200 millions d’argent frais.

Quelle est la part des fonds qui battent l’indice et quel est l’objectif?

Je n’aimerais pas définir un pourcentage. Je me bats pour qu’un gérant d’actifs dépasse l’indice après déduction des coûts de gestion. L’expérience montre que si tout se passe normalement les deux tiers des produits y parviennent. Cela dépend aussi des années. Nous sommes très satisfaits de l’année 2014 à ce sujet. Au sein des stratégies qui gèrent le plus de capitaux, nous avons rencontré un grand succès, par exemple avec le fonds sur l’eau. Sa surperformance atteint jusqu’à 800 points de base (par rapport aux concurrents).

Concrètement comment fonctionne la combinaison que vous avez évoquée?

Imaginez une chaîne de valeur normale dans l’asset management: la recherche, la gestion d’actifs et la distribution. La première source de synergies provient de la distribution, où nous pouvons dorénavant pleinement commercialiser nos produits. La deuxième dépendra de la combinaison possible entre la recherche dans les investissements durables et l’utilisation active des primes de risque de marché. Nous pouvons utiliser les méthodes quantitatives dans le développement durable. Ce sera une innovation sur le marché. Nous investirons aussi dans l’univers des placements dits smart beta. Nous avons débuté avec les indices en actions suisses. Nous étendrons cette méthode aux actions européennes et internationales.

Comment collaborerez-vous avec Raiffeisen?

Le groupe Raiffeisen est très important pour nous. C’est un symbole de solidité, de capacité bénéficiaire et de suissitude. Ces atouts comptent beaucoup pour les clients institutionnels. Raiffeisen, dans la perspective de la fin de l’accord avec Vontobel en 2017, est également un client attractif et un partenaire de choix.

Comment vous préparez-vous à la fin de l’accord avec Vontobel?

Nous nous y préparons activement dès aujourd’hui. La création de Notenstein Asset Management en est la preuve.

Est-ce que votre croissance de 2 milliards par an viendra pour moitié de Raiffeisen?

Non. Je ne veux pas diriger une entreprise sous perfusion et qui dépende d’un seul client, fut-il Raiffeisen. Nous devons faire nos preuves sur le marché libre, ouvert et concurrentiel de la gestion d’actifs. Dans le cas inverse, nous pouvons rester à la maison. L’année 2014 a montré que nous tirons notre épingle du jeu. Nous restons modestes, mais également confiants en nos possibilités et notre savoir.

Dans la distribution, les grandes banques gagnent des parts de marché. Est-ce un signe que les architectures sont moins ouvertes que dans le passé?

Le marché se dirige vers des architectures guidées et non plus des architectures entièrement ouvertes. C’est en partie le résultat des réglementations, notamment concernant la responsabilité du conseiller. Dans la gestion de fortune, le conseiller analyse le profil du client et lui propose un choix sur mesure en fonction du profil de risque de ce dernier. Le produit doit lui être adapté («suitabilit»). De plus en plus, le processus est informatisé. Tout cela se traduit par une architecture guidée.

Le fait de savoir si les banques vendent ou non leurs propres produits ne nous touche pas directement. Nous ne sommes pas dans le rôle du grossiste qui distribue des fonds à un intermédiaire. Nous nous concentrons sur le client institutionnel final. Ce dernier fait appel à nous à travers des appels d’offres locaux pour l’octroi de mandats.

Que pensez-vous de l’avenir de la gestion d’actifs en Suisse. Est-ce que l’initiative «asset management» lancée il y a deux ans par l’ASB et la Sfama est un alibi?

Non, pas du tout. Je suis extrêmement positif pour le marché et l’asset management suisse. Nous avons besoin d’acteurs qui croient en eux-mêmes et en leur chance. Des initiatives sont en cours, telles que celle que vous mentionnez ainsi que des groupes de travail au sein de l’ASB, sans parler des instances qui cherchent à renforcer le site économique suisse. Mais ni les associations ni les autorités ne peuvent remplacer les entreprises. Il appartient à ces dernières de démontrer que la place suisse peut croître. Nous avons toujours été très forts en gestion de fortune en Suisse et dans le négoce de matières premières. Pourquoi ne serait-ce pas possible d’être leader dans l’asset management?

Que manque-t-il tout de même?

Nous nous laissons trop vite intimider. On m’a dit que j’étais trop optimiste. Mais il faut savoir prendre son destin en main. Nous devons montrer une performance supérieure aux autres et les clients ainsi que le succès viendront rapidement.

Est-ce que la performance est au rendez-vous en Suisse?

Oui, bien sûr. L’augmentation des actifs sous gestion de ces derniers temps en est un signe supplémentaire. L’industrie doit répondre aux attentes des clients. C’est la raison pour laquelle je suis nettement plus positif que d’autres. Je sais aussi ce qui ne fonctionne pas, mais notre destin n’appartient qu’à nous.

Nous pouvons utiliser les méthodes quantitatives dans le développement durable.