Aujourd'hui, les conditions cadres ne sont pas très attrayantes pour monter un fonds d'investissement en Suisse, regrettent les professionnels. La raison en est le taux d'imposition prohibitif qui affecte les gains des gérants alternatifs (hedge funds, fonds de capital-investissement), à savoir leur commission, qui atteint en général 20% de la performance d'un fonds. Ce bonus est actuellement taxé au taux marginal de 40% ou plus selon les cantons. «Ce qui n'est absolument pas concurrentiel avec les grandes places financières qui nous entourent», précise Pierre Kladny, associé gérant de Valley Road Capital. Les gérants alternatifs sont taxés à 12% à New York, à 10% à Londres, et à 26% à Paris. Du coup, les gérants alternatifs suisses de talent, «après avoir suivi leur formation à l'université et coûté au contribuable, iront s'établir à Londres ou à Paris simplement car ils y seront taxés entre 10% et 20% plutôt qu'à 40%».

C'est là un des chevaux de bataille du Réseau, lobby créé par le secteur financier pour promouvoir l'innovation et faciliter la création d'entreprises en Suisse. «Si l'on veut rendre la place financière plus attractive pour les managers, il faudrait limiter l'imposition à 10%, plaide Christophe Borer, représentant romand de la SECA. De toute façon, l'Etat ne récolte pas ces recettes aujourd'hui.»

L'aspect fiscal a été omis par le législateur lorsque ce dernier, qui vise pourtant à attirer des gérants onshore, a rédigé sa nouvelle loi sur les placements collectifs de capitaux (LPCC), qui crée une structure juridique adéquate de société en commandite pour les fonds alternatifs. «La LPCC risque d'être un coup d'épée dans l'eau pour l'industrie du private equity et des hedge funds car elle ne règle pas le problème fiscal», prévoit Pierre Kladny.

En attendant, les fonds qui investissent en Suisse sont domiciliés offshore. Si plus de sociétés de capital-risque s'établissaient à Genève, elles réseauteraient naturellement, ce qui favoriserait la multiplication d'initiatives à plus grande échelle, notent les professionnels.