«Il faut chercher loin pour trouver une trace de «Swiss finish»

Le Temps: Vous êtes entré en fonction en avril dernier, succédant à Patrick Raaflaub. Quels changements amenez-vous?

Mark Branson: J’espère pouvoir continuer avec le même succès que mon prédécesseur Patrick Raaflaub. La pratique de la surveillance évolue constamment et un calibrage est toujours nécessaire. Mais je n’ai pas prévu de mettre en place des changements fondamentaux.

– Des observateurs se sont montrés critiques à votre égard. Puis, au moment de votre nomination, vous êtes apparu pour beaucoup comme le candidat idéal. Comment avez-vous vécu ces revirements?

– Il s’agit d’un processus au cours duquel des questions sont soulevées. Ces questions sont légitimes et elles ont obtenu une réponse. Les gens peuvent ainsi se faire leur propre opinion et je trouve cela parfaitement normal.

– Vous êtes un ancien cadre d’UBS et vous aviez dû témoigner devant le Congrès américain sur les pratiques de la banque outre-Atlantique. Pouvez-vous dire que votre période au sein du numéro un bancaire helvétique est suffisamment loin dans votre parcours pour vous permettre d’être serein en tant que gendarme des banques suisses?

– Oui, absolument.

– Votre nomination a aussi été vue d’un mauvais œil parce que vous êtes d’origine britannique et que vous pourriez avoir plus d’intérêt à défendre la City. Qu’en pensez-vous?

– Au total, j’ai vécu en Suisse pendant 12 ans. J’ai travaillé pour des institutions helvétiques encore plus longtemps. J’ai donc de toute évidence des liens forts avec ce pays. Je ne suis pas encore éligible pour obtenir la nationalité helvétique, mais le moment venu, je me poserai la question.

– Plusieurs départs se sont succédé à la Finma. La réorganisation est-elle désormais terminée?

– Oui. La direction est au complet et l’équipe est soudée. Nous avons un nouveau responsable de la division assurances et nous avons créé une division entièrement consacrée à la gestion d’actifs, qui est opérationnelle.

– La question est récurrente et elle est désormais portée par certains politiciens: la Finma doit-elle agir davantage pour promouvoir la place financière suisse? Qu’en pensez-vous?

– Notre rôle est de protéger les créanciers, les investisseurs et les assurés, et d’assurer le bon fonctionnement des marchés financiers. En le faisant bien, nous promouvons la place financière. A ce titre, notre crédibilité est importante. Cependant, les initiatives pour les mesures de promotion de la place financière doivent venir de l’industrie elle-même. Nous participons volontiers là où cela nous paraît raisonnable.

– Dans l’industrie, beaucoup se plaignent que la Finma défende un «Swiss finish», c’est-à-dire des règles en Suisse plus strictes qu’à l’étranger et qui prétéritent les banques helvétiques. Que leur répondez-vous?

– Je suis d’accord concernant

les fonds propres des banques importantes, surtout celles jugées trop grandes pour faire faillite, qui doivent remplir des exigences plus élevées que le minimum international. Mais cela se justifie dans un petit pays comme la Suisse qui compte des banques aussi importantes. En revanche, je ne suis pas d’accord pour le reste. Notre réglementation est moins dense que dans n’importe quelle autre place financière. Même le Fonds monétaire international l’a constaté, notre régulation est la plus basée sur des principes parmi les places financières comparables. Il faut chercher loin pour trouver une trace de ce «Swiss finish».

– On vous reproche de limiter l’accès des banques étrangères qui souhaiteraient installer une filiale en Suisse, pourquoi?

– Ce n’est pas vrai. Il faut savoir qu’il n’y a pas tant de nouveaux projets de banques en Suisse. D’ailleurs, cette situation est similaire dans d’autres pays. Nous prenons en considération celles qui se présentent. Nous adorerions voir de nouveaux modèles d’affaires innovants.