«Les investisseurs ont intérêt à continuer d'acheter des actions, en particulier des valeurs américaines, même si la plus grande économie mondiale est en récession.» La recommandation, a priori plutôt contraire au bon sens, émane de Liz Ann Sonders, responsable des investissements chez le courtier Charles Schwab, basé à San Francisco. Le marché américain est sous-investi et sa valorisation (ratio cours/bénéfice) est «très correcte», a-t-elle expliqué lors d'un entretien accordé mercredi au Temps. Elle ajoute que les bourses commencent généralement à remonter lorsque le cycle conjoncturel touche son plus bas, ce qui est le cas aux Etats-Unis.

Par secteur, Liz Ann Sonders recommande de se positionner sur la santé et les technologies. Il faut à l'inverse fuir l'énergie et les télécommunications, surévaluées.

Pour certaines actions, ce peut aussi être le moment de vendre, ajoute-t-elle. Pour quelqu'un qui aurait misé sur les pays émergents ces dernières années, «il faut prendre ses bénéfices», conseille-t-elle.

La crise financière persiste

A noter que l'optimisme mesuré de Liz Ann Sonders s'arrête aux perspectives boursières à moyen et long terme. «Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que la crise financière est finie», dit-elle d'emblée. Les banques pourraient bientôt devoir procéder à des amortissements sur les immeubles commerciaux, alors que seul le résidentiel était jusqu'ici touché, argumente-t-elle.

Quant à l'économie dite «réelle», elle va souffrir d'un passage à vide «durable» de la consommation américaine. «Le loyer, les dettes, la santé, l'alimentation et l'énergie absorbent 55% du revenu disponible des consommateurs. C'est un record absolu», note Liz Ann Sonders. Dans ce contexte, le stimulus fiscal de 150 milliards de dollars voté par le Congrès n'aura qu'un petit effet positif, et il faudra attendre 2009 pour que la reprise se dessine vraiment. Dans l'intervalle, le prix des matières premières devrait s'être un peu dégonflé, soulageant les portefeuilles des ménages, prédit la stratégiste.