«Inondés». Le mot est fort. Dimanche, le syndicat Unia a envoyé un communiqué de presse qui alertait sur le fait que ses secrétariats étaient «inondés» de demandes de renseignements de travailleurs inquiets des conséquences des mesures d’urgence décidées par les autorités suisses. Il liste quelques exemples très concrets que tous les Suisses rencontrent actuellement autour d’eux: «Une employée de boulangerie à salaire horaire s’inquiète de ses revenus si elle ne peut pas organiser la garde de son enfant, un employé de Manor demande comment le chômage partiel demandé affectera son salaire, une entreprise de transport menace ses chauffeurs de bus scolaires de baisses de salaire si elle doit fermer en raison de la fermeture d’une école, les employés d’une entreprise de catering sont priés par le patron de renoncer à leur salaire, et les employés de Coop Romandie se font menacer: ils violent leur contrat de travail s’ils restent à la maison pour s’occuper de leurs enfants et ne se présentent pas au travail.» Vania Alleva, présidente d’Unia, confirme son inquiétude.

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Le Temps: Etes-vous aussi inquiète que le laisse entendre votre communiqué?

Vania Alleva: On est très inquiets. Un flou règne de manière générale et les entreprises prennent des décisions à l’aveugle chacune de leur côté. Quoi qu’il en soit, le plus important c’est que la santé soit garantie, les salaires payés et les postes de travail préservés.

Y a-t-il des mauvais élèves en particulier?

Oui, il y en a. Nous les mettons sous pression. Mais le problème est plus fondamental. C’est pour cela que nous demandons du chômage technique systématique pour tout le monde. Y compris pour les contrats de travail les plus précaires comme le salaire horaire. Nous demandons aussi un soutien pour la liquidité des entreprises, ce qui permettra de continuer de payer les salaires dans son ensemble.

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Les mesures annoncées la semaine dernière par Guy Parmelin pour soutenir l’économie vous satisfont-elles?

Dans l’immédiat, c’est un premier pas dans la bonne direction, mais c’est insuffisant. Il faudra bien davantage car la crise va progressivement s’étendre à des domaines beaucoup plus variés. Sans compter que cela ne se terminera pas avec la fin de la crise sanitaire. Il faut penser à l’après-coronavirus, quand la crise économique fera encore beaucoup de dégâts.

De façon plus générale, pensez-vous que le Conseil fédéral se préoccupe suffisamment du sort des salariés?

Oui, mais tout se fait trop lentement. Le Conseil fédéral a promis qu’il n’y aurait pas de bureaucratie, mais nous ne savons pas encore clairement comment les salaires seront payés pour les contrats les plus précaires ou les indépendants. Nous attendons des propositions concrètes.