Responsable de l'Afrique de l'Ouest à la Direction au développement et à la coopération (DDC), Jean-Maurice Delèze n'est pas désespéré du recul des pays africains. «Il faut relativiser les chiffres puisque de nombreuses activités économiques n'entrent pas dans la comptabilité nationale. Lors de mon dernier séjour au Sénégal, j'ai vu plusieurs bateaux chargés de poisson partir pour le Congo. Dans les villes, 70 à 80% de gens vivent de l'informel. Mais ces commerces ne figureront dans aucune statistique», explique-t-il. Certes, selon lui, l'Afrique est loin de sortir de l'ornière mais elle ne connaît plus de graves famines comme dans les années 60 et 70.

Jean-Maurice Delèze voit même des signes encourageants. Il raconte qu'au Mali, des artisans aidés par la Coopération suisse se sont graduellement organisés, paient des impôts et décrochent des contrats publics. «Grâce à un fonds national mis à leur disposition, ils se forment pour mieux affronter le marché. Encore faut-il que le pays ne soit pas inondé par les marchandises industrielles importées à bas prix face auxquelles ils n'auront aucune chance. L'Etat doit protéger cette industrie naissante. Les dragons asiatiques ont bénéficié de soutiens publics et d'un certain protectionnisme contre la concurrence dans un premier temps», explique-t-il.

Jean-Maurice Delèze estime par ailleurs que les Africains sont conscients des efforts à faire dans la gestion des affaires publiques. Pour certains, la réponse se trouve dans la décentralisation du pouvoir qui aiderait à mieux responsabiliser les citoyens. «Ce processus est en cours, et il est porteur d'espoir pour le continent», dit-il.