STRATEGIE

«Il faut vendre les matières premières»

Les secteurs cycliques comme l'énergie vont fléchir face au recul de la demande mondiale.

«Nous prenons tactiquement des profits dans les matières premières en Europe et dans l'énergie aux Etats-Unis», indique Gérard Piasko, Chief Investment Officer de la banque privée zurichoise Julius Bär. Les métaux de base en Europe ont largement surperformé le marché, avec une hausse de 11% depuis le début de l'année, tandis que le secteur énergétique américain a gagné le double du S & P 500 (+15%). Ces deux secteurs cycliques sont désormais vulnérables à une demande qui ralentit au niveau mondial. «Il est donc judicieux de les vendre maintenant», assure Gérard Piasko, d'autant que les analystes ont révisé nettement à la baisse les estimations de bénéfices.

Le cycle économique a dépassé son point culminant et les risques cycliques augmentent, développe Gérard Piasko. D'une part, la consommation américaine, qui pèse 70% du PIB des Etats-Unis, sera affectée par une baisse d'activité dans l'immobilier résidentiel. D'autre part, l'Europe voit décliner ses indices de confiance, à l'instar du ZEW en Allemagne. Enfin, la Chine, la Corée et le Japon continuent à relever leurs taux d'intérêt, afin de tempérer leurs économies. «Ces tendances signalent un ralentissement mondial, qui a d'ailleurs déjà commencé», note Gérard Piasko. Toutefois, le CIO ne voit pas de risque de récession.

«A côté de ces risques de ralentissement coexistent les risques d'inflation», ajoute le stratégiste. Les métaux industriels comme le cuivre, qui a récemment revisité ses sommets, révèlent que l'inflation guette encore. Les métaux de base pourraient bientôt céder 10% à 20%. «Là seulement, l'inflation reculera peut-être», argumente Gérard Piasko.

Le marché obligataire, lui, semble sous-estimer le risque inflationniste: les obligations à 10 ans américaines ont connu un rally de 2% à 3%. «Elles anticipent une baisse des taux d'intérêt, qui impliquerait un recul de l'inflation, déchiffre le CIO. Or il est rare que l'inflation décline plus vite que la croissance économique.» Bär sous-pondère donc légèrement les obligations, tout comme les marchés émergents: «L'un de ces deux marchés a tort; nous sommes positionnés pour en profiter.» Des attentes optimistes sur le recul des indices de prix soutiennent aussi le haut niveau des actions. Bär est neutre à défensive sur les marchés d'actions: «Nous ne croyons donc ni à une hausse de 10% des Bourses cette année, ni à une baisse de 10%.»

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