Tourisme

Faute de neige, les Suisses s'exilent

De plus en plus de Suisses renoncent à passer leur vacance sur les pistes de ski. En hiver, le tourisme urbain et balnéaire les séduisent toujours plus

Sale temps pour le ski. «Il y a eu une forte augmentation des réservations, après les premières chutes de neige fin novembre mais elle a été suivie par une vague d’annulation de près de 30%!», explique Pascal Favre, collaborateur à l’observatoire valaisan du Tourisme. Au final, le nombre de nuitées dans le canton aura reculé de 5%, par rapport à Noël 2015.

Et ce n’est pas sûr que les absents reviennent l’an prochain. D’après une étude du site de voyage momondo.ch, publiée la semaine dernière, seulement 18% des Suisses ont opté pour des vacances de ski en 2016. Les destinations préférées des Suisses ne sont pas – ou plus – celles qui sont le plus réputées pour leur hiver traditionnellement rigoureux ou leurs pistes de ski: l’Ile Maurice, la République dominicaine ou les îles du Cap-Vert, selon l’agence de voyages TUI. Et pour momondo.ch, Bangkok, Porto et Lisbonne sont les hits de cette saison. Avec une particularité cette année, une forte demande pour New York et Phuket. L’enquête de l’agence révèle d’ailleurs que 39% des Suisses – principalement les adultes âgés de 23-35 ans- ont opté pour des vacances balnéaires.

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La culture, facteur déterminant

L’aéroport de Genève note également un recul «sans surprise» pour les pays à risques comme la Turquie, l’Afrique du Nord ou encore la Jordanie. Et un report de la clientèle en hiver sur des destinations comme Cracovie, l’Europe du Nord, l’Angleterre, voire l’Islande. Les activités culturelles seraient le facteur numéro un dans le choix d’une destination (31%) selon le baromètre du site TripAdvisor – avant les coûts de logement (22%) et les conditions météorologiques (20%).

Et selon Roland Schegg, professeur à la Haute école de gestion & tourisme de la HES-SO Valais, c’est bien ce manque de diversité qui fait défaut aux stations de ski suisses, souvent trop focalisée sur un seul credo: «Il n’y a qu’une petite partie de clients qui se sent concernée par ce sport. De ceux qui vont à Crans Montana à Noël, ils ne sont qu’entre 20 et 30% à vouloir skier. Les autres veulent vivre une expérience complète à la montagne, et pas seulement une semaine de sports de neige».

Il craint d’ailleurs que le clivage entre les villes, qui développent leurs offres, et les Alpes se dessine de plus en plus. «Les touristes s’ennuient beaucoup plus rapidement qu’avant.» Ce qui expliquerait également pourquoi le tourisme urbain prend l’ascendant partout dans le monde. Celui-ci a augmenté de 82% entre 2007 et 2014. Il est suivi des vacances balnéaires (39%) et du tourisme itinérant (21%).

Le sud, plus économique et dépaysant

«Les gens ont souffert du brouillard ces dernières semaines, ce qui les a peut-être incités à partir au sud, soulève Roland Schegg pour tenter d’expliquer le phénomène. Les Genevois, par exemple, investissent environ le même temps, la même somme d’argent et emportent même moins de bagages pour prendre l’avion et allez sur une île que d’aller skier en Valais.» Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme, précise que cette tendance n’est pas nouvelle, elle a commencé avec l’apparition des voyages low cost.

Toujours selon le baromètre de Tripadvisor, les voyageurs allemands, autrichiens et suisses accordent beaucoup d’importance au fait de passer des vacances loin de leur environnement familier (16%). «Aujourd’hui, les gens fractionnent leurs vacances et préfèrent partir moins longtemps mais plus souvent et plus loin», ajoute Véronique Kanel.

Toujours de l’espoir

Le ski et le snowboard ne sont pourtant pas démodés, puisque l’étude de momondo.ch révèle également que ce sont les jeunes adultes, de 18 à 22 ans, qui choisissent de faire du ski pendant leurs vacances. Autre point positif, Zermatt arrive en deuxième place, derrière Zurich, quant au nombre de nuitées en hôtellerie des Suisses durant la période janvier-octobre 2016.

De manière plus générale, aucune station suisse ne figure parmi les quinze premières de l’Arc alpin – Suisse, France, Autriche, Lichtenstein –, selon un indice de l’institut Bak Basel. Publié jeudi dernier, ce dernier révèle toutefois que la destination la plus performante de l’Arc alpin en 2015 était… Lucerne.

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