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Faut-il acheter les actions pharma?

La pharma vient de subir une forte correction. Est-ce le moment opportun pour s’y intéresser? En réalité, si Roche a perdu 6% en un mois, à 249 francs jeudi après-midi, il reste en hausse de 7% depuis le début de l’année, comme l’indice SMI. Novartis avance un cran au-dessous, avec une hausse de 5% depuis début janvier

«Les investisseurs sont rendus nerveux par la mésaventure de Roche et les résultats décevants de l’étude Aphinity présentés lors du congrès oncologique ASCO début juin», explique Lorenzo Biasio, analyste santé auprès de Credit Suisse. L’étude Aphinity évaluait l’administration du Perjeta avec l’Herceptin chez des patientes souffrant d’un cancer du sein HER2. Le médicament devrait tout de même être commercialisé pour des patients à haut risque, prévoit l’analyste. Le potentiel de commercialisation du produit est évalué à 3,5 milliards de francs.

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Mais au-delà de l’incertitude à court terme, les fondamentaux restent bons et l’analyste de Credit Suisse le recommande à l’achat. «Je ne comprendrais pas l’investisseur qui se limiterait à cet événement pour apprécier le futur du groupe bâlois», déclare Lorenzo Biasio. A court terme, une rotation en faveur de Novartis est toutefois possible. «Ce genre d’événement est inévitable dans la pharma, mais il ne devrait exercer qu’un impact modeste à long terme au sein d’un grand groupe diversifié», selon Lachlan Towart, analyste auprès du Chief Investment Office (CIO) WM d’UBS, spécialiste de l’économie de la santé.

Attention à deux prochains événements binaires

Le groupe Roche est davantage menacé que Novartis par ce type d’annonce «binaire», soit positive, soit négative, explique l’analyste de Credit Suisse. «D’ici la fin de l’année, Roche devrait connaître encore deux résultats d’études cliniques qualifiés d’événements binaires, contre un seul pour Novartis», explique Lorenzo Biasio.

Malgré la déception de Roche sur un produit, l’innovation est plus forte que jamais. Elle est fortement axée sur l’oncologie, en particulier l’immuno-oncologie, ainsi qu’en témoigne le récent congrès de l’ASCO, selon Nathalie Flury et Grégoire Biollaz, gérants du fonds Pictet Health. Ce domaine thérapeutique restera très actuel ces prochaines années (Roche et Astra-Zeneca devraient présenter d’importants résultats à ce sujet d’ici fin 2018), ainsi que les maladies orphelines (celles qui ne connaissent pas encore de traitement efficace) et la maladie d’Alzheimer.

Certains investisseurs préfèrent l’attentisme

«Une partie des investisseurs préfère l’attentisme en raison des incertitudes sur l’avenir des réformes américaines de la santé et de la fiscalité», constatent les analystes du fonds Pictet Health. Ce fonds sur la santé, composé à 47% de titres de la pharma et de la biotech, est en hausse de 14% cette année. Les deux analystes de Pictet Asset Management observent que la santé est sous-évaluée par rapport à la moyenne des vingt dernières années et, avec ce fonds thématique, prévoient que ce thème surperformera l’indice mondial des actions à long terme.

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Certains experts pensent au contraire que les nuages politiques qui menaçaient l’horizon pharma se sont dissipés. «Le retrait de la réforme Obamacare est très compliqué pour Donald Trump. Cela sous-entend que l’agenda politique n’aura qu’une influence limitée sur la pharma», indique Lorenzo Biasio. Les pharmas ne souffrent pas davantage des appels protectionnistes de Donald Trump. «Il n’y a actuellement pas de restrictions à l’importation, et il ne semble pas qu’il y aura de telles mesures dans un avenir proche», constate Lachlan Towart.

Credit Suisse surpondère depuis le Brexit

Credit Suisse surpondère la pharma depuis le Brexit. L’évaluation de ce secteur défensif «est similaire à celle de l’indice MSCI Monde, alors que le multiple des bénéfices devrait être de 10 à 15% plus élevé», observe l’analyste. Le potentiel à long terme s’appuie sur les perspectives de la santé dans une société vieillissante et les avancées technologiques auxquelles il faut s’attendre.

La préférence de Lorenzo Biasio va aux entreprises les plus innovantes et aux processus biotechs, à commencer par Roche, qui dépense 20% de son chiffre d’affaires dans la recherche et le développement.

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Recommandation basée sur trois éléments

«Nous surpondérons les valeurs de la santé sur le plan global et aux Etats-Unis et, depuis début juin, nous avons revu à la hausse notre évaluation de la pharma européenne (de sous-pondéré à neutre)», explique Lachlan Towart. Cette recommandation s’appuie sur trois éléments. Tout d’abord, «l’environnement politique de l’industrie pharmaceutique s’est amélioré et les risques ont clairement diminué», affirme ce dernier. Ces risques expliquent la sous-performance de la pharma depuis dix-huit mois. En outre, depuis la mi-mai, la tendance des bénéfices des entreprises pharma s’est améliorée par rapport à ceux des groupes cycliques. L’analyste qualifie le phénomène de «momentum relatif positif». Enfin, troisième raison, le secteur a l’avantage d’être relativement sous-évalué. En termes de multiple des bénéfices, la prime par rapport aux indices généraux est tombée de 13 à 9%.

L’analyste d’UBS observe aussi que l’autorité de régulation américaine (FDA) n’a pas modifié sa politique avec l’arrivée de Donald Trump. Le nombre de médicaments approuvés a même augmenté. La FDA avait en outre déjà introduit un processus d’autorisation favorable à l’industrie. Elle a accéléré ses décisions, mais sans que le rythme soit excessivement rapide, selon Lachlan Towart. En moyenne, l’objectif est que l’approbation d’un médicament survienne dans les dix mois et dans les six mois pour les plus innovants.

Pour les prix des médicaments, une analyse différenciée

L’analyse des prix des médicaments nécessite pour sa part une analyse différenciée. Si les prix sont stables pour les médicaments sur ordonnance, ils baissent d’environ 8% par an pour les génériques. Dans tous les cas, les craintes des investisseurs à l’égard d’une érosion importante des médicaments sur ordonnance pour des raisons politiques n’ont pas été confirmées par les faits.

L’investisseur ne devrait toutefois pas acheter la pharma dans l’anticipation d’une fièvre des fusions. Les grandes opérations de rachats ne semblent pas à l’ordre du jour. «Le nombre de transactions est en baisse cette année», confirme l’analyste d’UBS. Mais la tendance à la consolidation va se poursuivre. «L’incertitude sur la réforme fiscale américaine conduit à une attitude attentiste des entreprises», indique Lachlan Towart.

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