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Faut-il acheter de l’or après son plongeon?

Le métal jaune a tenu tête au franc cette année. Signe d’un retour d’un actif mal aimé. Dans les banques., il a souvent disparu des portefeuilles. Les grandes banques ont supprimé leur département de numismatique. Acheter au son du canon?

Faut-il acheter de l’or après son plongeon?

Vos finances Le métal jaune a tenu tête au franc cette année

Dans les banques, le désintérêt est total

La station de sport d’hiver de Kittilä, en Laponie, est particulièrement réputée pour ses pistes de ski de fond. Personne ne sait que la ville abrite aussi la plus grande mine d’or d’Europe, celle d’Agnico-Eagle Mines. D’ailleurs plus personne ne s’intéresse à l’or. L’indice des mines d’or a chuté de plus de 60% depuis ses plus hauts et l’once d’or de 38% pour atteindre, vendredi, 1203 dollars.

Les grandes banques n’ont plus de département de numismatique. UBS l’a externalisé à une société zurichoise, confirme Andreas Maag, responsable de la distribution des métaux précieux auprès de la grande banque. La part est «souvent à 0% dans les portefeuilles», selon l’expert d’UBS. «Dans l’allocation de référence, elle a été réduite de 2,5 à environ 1% du portefeuille lors de la dernière revue», indique Stefan Graber, responsable de la stratégie sur les métaux précieux auprès de Credit Suisse. L’or brille par son absence.

Même l’intérêt pour les pièces d’or s’est évaporé. «La demande de pièces a baissé de 37% dans le monde l’an dernier. La chute est même de 50% en Chine, 36% aux Etats-Unis et 25% en Europe», observe Andreas Maag. Le grand public attiré par les Vrenelis, Kruegerrand ou Maple Leaf doit payer une prime de 5 à 10% par rapport à l’or physique. «A des fins de pur investissement, mieux vaut privilégier les plaques de 100 grammes ou le kilo», conseille l’expert.

La détention d’or physique n’apporte pas de rendement et elle est pénalisée par les frais du compte métaux (0,6% par an chez Credit Suisse) qui permet la conversion en métal physique à tout moment. Mais ces coûts sont souvent perçus comme une prime d’assurance.

Un petit cercle de convaincus résiste à l’ambiance morose, celui des professionnels de l’industrie minière. En fait, ils étaient largement plus de 200 mercredi, lors d’une soirée organisée par Zuri-Invest à Zurich en clôture de l’European Gold Forum.

Les producteurs ont pris des mesures de baisse des coûts. Les groupes miniers ne font pas de perte si le cours se situe à 750 dollars l’once, selon Stefan Graber. Les grands groupes réduisent leur production et déçoivent les investisseurs. Des sociétés dynamiques mais plus petites tirent leur épingle du jeu. Elles progressent tant à travers des acquisitions ciblées qu’à travers leurs activités d’exploration, à l’image d’Agnico-Eagle Mines. «Nous doublons notre budget d’exploration en 2015», explique le patron de l’entreprise. L’action du groupe a gagné 20% en 2015 et 6% depuis un an. A l’évidence, les projets et les opportunités ne manquent pas.

«L’or est avant tout victime de la hausse du dollar. Mais la hausse du billet vert ne sera pas éternelle», a expliqué Diane Garrett, directrice générale de Romarco Minerals. L’économiste canadien Martin Murenbeeld a pour sa part accumulé d’innombrables raisons d’espérer (dette publique, crise de la zone euro, répression financière, convertibilité du renminbi). Ce Canadien a l’avantage d’avoir correctement prévu l’évolution de l’or en 2014. Un cours de 1225 dollars lui paraît raisonnable en 2015.

L’opinion majoritaire a rarement été aussi pessimiste. L’or n’est pas concurrentiel par rapport aux actions.

Les investisseurs doivent «digérer la baisse avant d’être plus constructifs. C’est psychologique», selon Andreas Maag. Ce dernier s’attend à une hausse de l’once à 1400 dollars si la Grèce sort de la zone euro et à une baisse à 1100 dollars si la reprise américaine poursuit son cours. Son relatif optimisme est alimenté par la bonne résistance du métal jaune à la forte hausse du dollar et du franc. Le métal est stable en 2015 sur la base de ces deux monnaies.

Enfin, les banques centrales d’Asie, du Moyen-Orient et même de Russie augmentent leurs avoirs en or à des fins de diversification. Les autres ne vendent pas. «Même Chypre, dans ses moments les plus difficiles, n’a pas vendu son or», affirme Andreas Maag.

Dans son appréciation, l’épargnant doit savoir que «ce sont les investisseurs financiers, soit 20 à 25% de la demande, qui font les prix», indique Stefan Graber. Leur comportement est nettement plus volatil que celui des joailliers. D’ailleurs, même la demande de bijouteries est en baisse en Asie. L’Inde a confirmé les impôts sur les importations. La demande chinoise souffre des mesures contre la corruption et de l’accès facilité au marché des actions.

Actuellement, les financiers vendent, ainsi qu’en témoignent les sorties de capitaux des principaux ETF sur l’or (-1,4 milliard de dollars en 2015), après un mois de janvier un peu plus solide. Le marché des ETF comprend 127 titres sur l’or pour 62 milliards de dollars d’actifs.

La raison de ce repli est triple, analyse Credit Suisse: la hausse du dollar, les perspectives de hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis et l’absence d’inflation. Stefan Graber prévoit une baisse de l’once à 1000 dollars dans douze mois, avant tout à cause de la fermeté du dollar. «Même en cas de Grexit, je ne m’attends pas à un net rebond. La réaction haussière à la suite d’un choc est de plus en plus brève», avertit Stefan Graber. L’analyste relativise la baisse des trois dernières années. La hausse du début des années 2000 a été si forte qu’une importante correction était dans l’air, à son avis.

Andreas Maag s’attend à une hausse de l’once à 1400 dollars si la Grèce sort de la zone euro

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