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Faut-il conserver du cash ou investir dans le vin?

L’épargnant doit payer parfois très cher pour conserver du liquide sur son compte. Les taux zéro se traduisent par une hausse des actions et de l’art. Mais tous deux sont chers. Par contre le marché du vin a baissé ces trois dernières années

Faut-il conserver du cash ou investir dans le vin?

Vos finances Le marché du vin a baissé ces trois dernières années

Le rendement est supérieur aux actions

La guerre des monnaies conduit à la dépréciation des principales devises et, accompagnée de taux d’intérêt nuls ou négatifs, incite les investisseurs à se détourner du cash. La hausse des actions et l’envol des prix de l’art en témoignent. Plutôt que de conserver du cash, pourquoi ne pas investir dans le vin? La question est d’autant plus actuelle que le marché a baissé ces trois dernières années. Un fait particulièrement rare. Mieux encore, les bordeaux et leurs premiers crus sont au plus bas en dix ans, avertit le site d’European Millésimes. Le Haut-Brion et le Margaux sont au plus bas depuis la crise de 2009. Pourtant durant ces 25 dernières années, l’indice Liv-ex «vin d’investissement» a gagné 11% par an.

De nombreuses conditions sont toutefois à remplir pour que l’investissement ne se transforme en cauchemar. Entre 2000 et 2013, seul un fonds de placement en vin a présenté un rendement ajusté du risque positif, selon une étude de deux professeurs assistants en finance à l’Ecole hôtelière de Lausanne, Philippe Masset et Jean-Philippe Weisskopf, publiée ce printemps dans le très académique Journal of Alternative Investments. Le marché du vin est très hétérogène, mais les gérants ne sont donc pas parvenus à profiter des inefficiences. «Les fonds de placement en vin ne semblent pas des investissements attrayants», concluent les chercheurs. Comment éviter d’insister? Le marché du vin offre-t-il d’autres instruments?

Les deux mêmes chercheurs démontrent que le rendement des grands vins a dépassé celui des actions entre 1996 et 2009 et que leur volatilité a été inférieure. Un Lafite-Rothschild 1982 valait 490 dollars en 2003 et 2586 dollars six ans plus tard. Un Barbaresco Riserva Santo Stefano à 135 dollars en 2002 est passé à 613 dollars en 2009. La période analysée par Masset et Weisskopf s’est accompagnée de deux crises. Au cours de chacune d’elles, les vertus du vin sont apparues clairement aux gérants de portefeuille. Les prix ont moins baissé que les actifs financiers. La corrélation avec les actions est très modeste. Pour Masset et Weisskopf, «l’ajout de vin à un portefeuille d’actifs financiers est bénéfique».

Si la littérature évoque souvent une moindre volatilité que les actions durant les dernières crises, il faut rappeler que les prix du vin ont augmenté de 600% durant la Deuxième Guerre mondiale, avant de s’effondrer de 50% par la suite. Les fluctuations peuvent aussi être élevées.

Boire ou investir? Une étude de la Montpellier Business School répond en faveur de l’investissement dans le vin. Leur étude portant sur les indices de vins français entre 2007 et 2013 et publiée par l’American Association of Wine Economists, montre une amélioration de la performance du portefeuille en fonction du pourcentage de vin. Les auteurs, Beysül Aytac, Thi Hong Van Hoang et Cyrille Mandou, font valoir que les indices de vins français, particulièrement WineDex Bordeaux, sont plus rentables que l’or ou les indices de vins Liv-ex et nettement plus que les actions. Leur recommandation: investissez dans le vin à travers la plateforme iDealwine plutôt que dans le Liv-ex. Ce dernier indice a été créé à Londres en 1999. D’autres indices ont ensuite été proposés, comme iDealwine et WineDex. Elle montre enfin que la diversification internationale est d’ailleurs préférable à la concentration sur les grands crus français.

La première étude empirique démontrant les vertus du vin comme instrument de placement remonte à 1979. Elle a été écrite par W. S. Krasker et publiée dans le Journal of Political Economy. De nombreuses autres, portant sur d’autres périodes, ont confirmé ses enseignements. Une étude sur les bordeaux rouges de 1986 à 1996 produits à partir de 1960 signale un rendement de 7,9% par an.

Ce type d’investissement comporte différents inconvénients. Le vin est, si l’on ose dire, un actif «moins liquide» que les actions, puisque les transactions prennent souvent sept jours et sont plus coûteuses. Actif agricole, ses prix dépendent des conditions économiques, du climat, du terroir, des conditions institutionnelles et de la technologie.

Les chemins menant au vin sont innombrables. L’épargnant peut créer sa propre cave et acheter des bouteilles directement ou en primeur. Il peut procéder à des achats lors des enchères, par exemple celles qu’organisent les Hospices de Beaune avec Christie’s depuis 2005. Il peut investir dans des entreprises qui gèrent des caves comme d’autres des actions, à l’image de Cavissima.com, Patriwine.fr, Cavedepargne.com, Labergereinvestment.com, iDealwine.com, Emlindex.com, Rscorp.fr. Les détails des sociétés sont clairement décrits sur ces sites.

Enfin, l’épargnant peut acheter des fonds de placement en vin. Si la France est un enfer fiscal, le vin permet d’y échapper. En effet, si les plus-values obtenues sont soumises à la fiscalité à un taux de 34.5%, plus la détention se prolonge et plus l’exonération est élevée. Le taux d’imposition est nul après douze ans. Mais le coût de l’investissement est plus élevé que celui d’un actif traditionnel, en raison du stockage et de l’assurance.

Le risque de «bulle spéculative» n’est pas exclu. Le site d’European Millesimes raconte l’histoire d’Herman Cruse, qui acheta 90% de la récolte de bordeaux en 1847 et amassa une énorme fortune.

La reprise du marché est prévue dès 2015, notamment dans les bordeaux. Les experts mentionnent une condition importante à remplir. Il faut que la campagne de primeurs (achat avant la mise en bouteille) montre que les Châteaux acceptent la réalité des prix. Selon Emlindex, pour cinq des six derniers millésimes, les prix pour les clients en primeur sont plus chers que l’achat de vins déjà en bouteille.

La question est très actuelle: les bordeaux et leurs premiers crus sont au plus bas en dix ans

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