Feu de paille ou rebond durable? Après un début d'année pénible, la Bourse américaine a relevé la tête mardi. La confiance retrouvée des consommateurs en janvier a encouragé les investisseurs. Cette tendance s'est poursuivie mercredi. N'empêche, les indices restent dans le rouge: entre -2,5% pour le Dow Jones et

-6% pour le Nasdaq depuis le 1er janvier. Il faut remonter à 1982 pour observer un mouvement baissier aussi long en janvier. De quoi faire douter les investisseurs. Les Bourses européennes, elles, résistent. En Suisse, Nestlé a vu mercredi sa recommandation relevée de «neutre» à «surperformer» par Credit Suisse First Boston (CSFB). Serait-il inspiré de miser sur la Bourse suisse, dotée principalement de valeurs défensives, plutôt que sur les marchés américains?

Attention, préviennent les spécialistes. «Après la réélection de Bush, la Bourse américaine a connu une montée artificielle. On redescend maintenant sur terre», avance Michel Lagier, président du comité de stratégie de la Banque privée Edmond de Rothschild à Genève pour expliquer ce parcours cahin-caha. «Les investisseurs ont terminé l'année avec des profits ouverts. Ils prennent aujourd'hui leurs bénéfices», confirme un financier genevois.

La baisse ne devrait pas se poursuivre, selon eux. «Il n'y a pas de raison que la Bourse américaine s'écroule», prédit le même interlocuteur. «A moins d'une catastrophe, nous pronostiquons des Bourses positives cette année. L'économie croît, l'inflation reste sous contrôle, il n'y a pas d'éléments négatifs, analyse Pierre-Yves Bacchetta, stratège auprès de Pictet & Cie à Genève. Notre espérance de rendement se situe entre 7,5 et 9%. Si cela n'est pas excessivement important, cela reste supérieur au marché obligataire.» Scénario corroboré par Michel Lagier: «Il faut laisser le marché digérer la décélération de la croissance. Le second semestre sera plus favorable aux Etats-Unis.»

Les actions suisses défensives, peu sensibles au cycle économique comme Nestlé, permettront-elles d'atteindre cette performance? A une approche sectorielle, Michel Lagier préfère s'appuyer sur les comportements boursiers. Il distingue les valeurs de substance («value stocks») dont les secteurs de l'énergie, des financières qui affichent des cours boursiers attrayants. Et les valeurs de croissance («growth stocks») qui désignent des titres de sociétés promises à une croissance supérieure à la moyenne. «Pour se sortir du marasme, la communauté financière a choisi ces dernières années des valeurs de substance. L'écart de valorisation a aujourd'hui pratiquement disparu.» Michel Lagier privilégie ainsi les valeurs de croissance. On retrouve parmi elles les secteurs de la technologie, de la santé, et même de l'alimentation. «Coca, PepsiCo sont pour moi des valeurs défensives de croissance», explique-t-il. Il recommande en plus les grandes capitalisations au détriment des petites et moyennes.

Suivant ce raisonnement, Nestlé, Novartis et Roche (qui représentent 50% du SMI) doivent-elles figurer dans les portefeuilles? «Elles ne sont pas complètement représentatives des valeurs de croissance. Vous retrouvez aussi parmi elles Nokia, Motorola, Dell ou Medtronic», observe-t-il. «Les valeurs défensives de croissance, auxquelles on peut assimiler les valeurs pharmaceutiques et Nestlé, terminent une période de sous-performance. Reviendront-elles pour autant sur le devant de la scène cette année? On pourrait connaître une période de transition», prévient Pierre-Yves Bacchetta.