Plus qu’une simple pause, un espoir. Après une semaine très agitée, les bourses asiatiques et européennes ont fini dans le vert, lundi. Dans le sillage de Shanghai et Tokyo, l’indice suisse SMI a progressé de 2,5%. Le Dax allemand, porté par Volkswagen et Commerzbank, a gagné 2,7%. Le CAC40 parisien a repris 3%, tandis qu’à Londres, le Footsie est monté de 2%. La bourse de Milan, la plus touchée de toutes les grandes places européennes (-20% depuis début janvier) a elle aussi récupéré un peu du terrain perdu.

Les propos rassurant de la banque centrale chinoise et les nouvelles promesses du président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, mettront-ils un terme à la correction boursière? Le débat est plus ouvert que jamais. Car si le krach ne dit pas (encore) son nom, c’est surtout parce qu’il s’opère en mode alternatif. Les indices américains (fermés lundi pour cause de President’s Day) et européens ont perdu respectivement 9 et 13% en une trentaine de séances. Mais un jour sur trois, ils remontent.

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Le baromètre de panique, ce que les professionnels appellent la volatilité, est au plus haut depuis l’été dernier. Comment la Chine se porte-t-elle réellement? Les États-Unis ont-ils déjà atteint le sommet du cycle conjoncturel? Quels seront les dégâts à long terme du pétrole bas? Que cache encore le portefeuille des grandes banques? C’est à toutes ses interrogations que les investisseurs tentent de répondre, ne prêtant plus attention aux statistiques économiques. Faut-il sauter du train ou le prendre en route? Dans quel wagon faut-il monter? Le Temps a profité de l’accalmie pour faire le point avec des spécialistes de l’investissement.

«Ce n’est pas le moment de paniquer et de tout vendre», expose d’emblée François Savary. Le responsable des investissements chez Prime Partners met toutefois en garde: «Le marché haussier touche à sa fin et la forte volatilité va se maintenir ces prochains mois. Il faut donc se montrer beaucoup plus vigilant, et ne pas acheter à tout va, dans des phases de baisse généralisée comme aujourd’hui».

Actions bancaires

Principale victime des récents mouvements de paniques, les actions de banques sont exagérément pénalisées, selon Loïc Bhend. Pour l’analyste de Bordier & Cie, c’est aujourd’hui le moment d’en acheter. Certaines d’entre elles, tout du moins. «Même si elles ont présenté, pour la plupart, des résultats décevants, il n’existe pas de risque systémique qui justifie les prix actuels en Europe, où les banques sont infiniment mieux capitalisées qu’en 2008».

Ses préférées? «Soit l’on ne souhaite pas prendre trop de risques et l’on achète l’indice des banques, via des ETF, soit l’on est courageux, on a de la sympathie pour Tidjane Thiam ou Frédéric Oudéa et l’on achète les titres de Credit Suisse ou Société Générale (en recul de 38% depuis le début d’année, ndlr)». Credit Suisse? «A 13 francs l’action, on ne risque pas grand-chose en décidant de l’acheter». UBS? «Fondamentalement un bon titre sur la durée, mais plus cher que Credit Suisse. Il vaut donc mieux miser la seconde, pour jouer le rebond de la bourse.»

Actions énergétiques

Avec les banques, les sociétés liées au secteur de l’énergie ont été les plus malmenées. Ces dernières vont-elles se reprendre? «Tout dépendra des cours du brut, répond François Savary. Mais à mon avis celui-ci va remonter car si l’offre de pétrole reste excédentaire, la demande mondiale continue d’augmenter, même de façon marginale.» Pour le responsable des investissements de Prime Partners, il convient toutefois de privilégier les sociétés intégrées qui, à l’instar d’ExxonMobil, ne font pas seulement de l’exploration et peuvent ainsi «jouer sur leurs marges de raffinage». Ce dernier précise enfin que celui qui s’attend à une hausse du prix du baril peut aussi miser sur les «monnaies pétrole», soit le dollar, la couronne norvégienne ou le rouble.

Actions cycliques

A court terme, Jean-Sylvain Perrig, responsable des investissements à la banque UBP à Genève, privilégierait les valeurs cycliques – les actions de sociétés dont le sort est étroitement lié à l’évolution conjoncturelle. «Parce qu’elles ont été massacrées», avance-t-il. «Nous ne prévoyons pas de récession globale. La probabilité d’une telle éventualité est remontée de façon exagérée. Les États-Unis devraient plutôt réaccélérer, l’Europe croît, modérément, mais elle croît, et la Chine ralentit, mais cela ne pas nouveau», argumente le stratège. Géographiquement parlant, il mise toujours sur les sociétés des pays développés, plutôt que sur celles des marchés émergents. Dans l’ordre, il cite d’abord les États-Unis, l’Europe et enfin le Japon.

Le court terme est très incertain, rappelle encore Jean-Sylvain Perrig. Mais pour celui qui veut investir sur dix ans, «il faut acheter des actions». Et ne pas oublier les versements de dividendes, qui s’élèvent à plus de 3% par an sur le marché suisse. Par rapport au rendement des obligations, il n’y a pas photo, insiste-t-il.

Obligations

Ce d’autant plus que les investisseurs, à la recherche de valeurs sûres, au moins pour quelques semaines, ont amené les rendements à des niveaux historiquement bas. Le bon du Trésor américain à dix ans affiche ainsi un rendement de 1,66%, contre environ 2,3% à la fin 2015. Soit une baisse du rendement de près de 27%!

Évolution similaire pour les emprunts souverains européens. Le Bund allemand a plongé de 40 points de base à 0,26%, pratiquement au plus bas de toute son histoire. Le bon à 10 ans de la Confédération suisse, en territoire négatif depuis septembre, a plongé à -0,29%. Même le volume des transactions des emprunts à hauts risques, et donc à hauts rendements (high yield) a rebondi, en février, alors qu’il avait atteint un point bas en décembre. Certains investisseurs paraissent ainsi prêts à tous les risques pour sortir des actions. «Malgré les récents mouvements de panique, il est encore trop tôt pour s’orienter vers des crédits plus risqués, a prévenu Credit Suisse, lundi. Nous privilégions toujours les dettes d’entreprises de grande qualité (investment grade)».

Autres classes d’actifs

Quant à celui qui voudrait éviter ces investissements traditionnels, «il peut aussi se diversifier et se protéger en acheter un peu d’or, même si son prix a déjà fortement rebondi ces dernières semaines», reprend François Savary.

«Les fonds immobiliers suisses sont moins soumis à la volatilité», indique quant à lui Jean-Sylvain Perrig, d’UBP. «Mais la prime d’entrée me semble un peu élevée. Sinon, quelques gérants de hedge funds sont très performants dans un environnement complexe, où les banques centrales manipulent les prix des obligations et où les algorithmes ont une grande influence sur les décisions de gestion, poursuit l’expert genevois. Certains de ces fonds alternatifs permettent d’ajouter de la convexité à son portefeuille». Autrement dit, «à participer plus à la hausse qu’à la baisse des actions».