RECRUTEMENT

Faut-il relancer un employeur après l'envoi de son CV? Oui, mais poliment

Un simple téléphone, premier contact personnalisé avec le responsable du recrutement, peut faire passer votre curriculum vitæ au-dessus de la pile. A condition de bien se préparer, d'être bref et de rester courtois.

A 40 ans, Véronique a atteint un âge limite sur le marché du travail. Manque de chance, cette employée de bureau a été licenciée au début de l'été. Pourtant, il lui a fallu à peine deux mois pour retrouver un emploi. «Mon secret? Je suis proactive. Quand on se retrouve au chômage, la meilleure attitude est d'aller de l'avant, d'aller vers les gens», explique-t-elle.

Peu après son licenciement, elle a repéré une annonce qui lui semblait correspondre à ses aspirations et à ses qualifications. Véronique a téléphoné à la responsable pour obtenir quelques renseignements. Une semaine plus tard, elle a rappelé pour s'assurer que son dossier était bien parvenu à destination. «Dès qu'elle s'est souvenue de moi, elle s'est détendue. Nous avons échangé quelques mots, et mon CV est passé au-dessus de la pile», poursuit la jeune femme.

Le cas de Véronique est exemplaire. Qui ne s'est jamais posé la question de relancer un employeur potentiel suite à l'envoi de son CV? La bonne attitude ne va pas de soit. La peur de déranger, d'envahir, la timidité bloquent bien des initiatives. Et pourtant cette démarche paie, si l'on en croit un sondage réalisé récemment par le cabinet Robert Half Finance & Comptabilité auprès de 1500 directeurs financiers et responsables de ressources humaines d'entreprise européennes et nord-américaines: 82% d'entre eux recommandent aux candidats de prendre contact avec leur employeur potentiel après lui avoir envoyé leur dossier.

Car, loin de considérer une telle démarche comme un signe d'impatience, les responsables interrogés estiment qu'elle témoigne du sens de l'initiative, de la proactivité, de l'enthousiasme et de la motivation du candidat. «Lorsqu'un candidat m'appelle pour me demander si son dossier est bien arrivé, il se démarque des autres, il montre son intérêt, déclare Rémy Bonnard, directeur des ressources humaines de Generali Assurances à Genève. Le contact qu'il crée ainsi représente un atout supplémentaire.»

Cependant, tout n'est pas permis. Mal menée, une relance peut s'avérer contre-productive. Quelques principes à suivre.

- En réponse à une annonce

«La personne qui appelle après avoir proposé spontanément ses services m'agace, poursuit Rémy Bonnard. Car, il est très rare qu'une offre spontanée réponde à un besoin clairement identifié au sein de l'entreprise. Du coup, je suis emprunté et ne sais que répondre au candidat.» D'où un malaise inévitable. D'autre part, le courrier électronique, simple, rapide et dupliqué à l'envi, a considérablement augmenté le nombre d'offres spontanées qui parviennent aux entreprises et aux cabinets de recrutement.

L'Oréal Suisse, qui emploie 450 collaborateurs en tout, en a reçu quelque 3000 depuis le début de l'année. Quant au cabinet Profil Emploi à Genève, il en reçoit environ 500 par semaine. «Vous imaginez le nombre de téléphones quotidiens auxquels nous devrions répondre si chaque candidat nous rappelait? s'exclame Joëlle Rumpf, responsable du recrutement chez L'Oréal. Ce serait ingérable.»

- Opter pour l'e-mail?

Le sondage de Robert Half relève que 38% des responsables préfèrent la relance par e-mail, et 33% par téléphone. «Si l'annonce comporte une adresse électronique, je conseille d'opter pour ce moyen, déclare Hanka Cerna, directrice du cabinet Profil Emploi. Nous vivons dans une époque où l'informatique est omniprésente. Appeler signifie passer par la téléphoniste, puis l'assistante, puis le directeur des ressources humaines. Cela fait beaucoup de monde à déranger pour une seule petite interrogation.» Cependant, il existe un argument de taille en défaveur du courrier électronique: impersonnel, il ne marque pas suffisamment les esprits de recruteurs.

- Poser une ou deux questions au maximum

Une demande de confirmation n'est pas un entretien d'embauche. Il n'a qu'un objet: s'assurer que son dossier ne s'est pas égaré en chemin. «Il faut se contenter de demander si son CV est bien arrivé et en profiter pour confirmer son intérêt pour le poste, souligne Hanka Cerna. Mais le candidat doit éviter à tout prix les questions concernant ses éventuels futurs collègues ou son salaire. C'est le meilleur moyen de se fermer toutes les portes.» Et surtout il faut sentir son interlocuteur, ne pas insister s'il se montre pressé d'en terminer. «Dans ce cas, on remercie et on interrompt la conversation», recommande David Veenhuys, consultant et animateur de séminaires sur le marketing personnel et la gestion de carrière à Montreux. La politesse est la reine de toutes les vertus.

- Bien se préparer

David Veenhuys déconseille l'improvisation: «La meilleure stratégie est de préparer un petit script. Il contiendra un résumé de la situation, une question précise et éventuellement une proposition.» En clair, le candidat rappelle qu'à telle date il a envoyé un dossier, il demande ensuite s'il est bien arrivé puis propose une éventuelle rencontre. «Le script permet d'avoir l'esprit libre pour écouter et sentir son interlocuteur», souligne encore David Veenhuys.

- Se montrer patient

Tous les spécialistes interrogés préconisent d'attendre dix à quinze jours avant de relancer son employeur potentiel. Le sondage évoqué ci-dessus résume ainsi la règle fondamentale: ne pas confondre motivation et impatience!

Véronique, elle, se félicite de sa démarche: «Mon but en téléphonant a été atteint. Je voulais décrocher un entretien et je l'ai eu. Cependant, le plus difficile restait à faire: convaincre mes interlocuteurs.»

Publicité