L’invité

Faut-il se méfier des investisseurs activistes?

Malgré les critiques émises, les preuves empiriques démontrent que le cours de l’action et la performance opérationnelle des sociétés visées ont été améliorés après l’implication des activistes

Nouveaux et très influents, les investisseurs activistes sont des acteurs sur les marchés internationaux des capitaux qui cherchent à modifier les organisations soit en se faisant élire au sein du conseil d’administration, soit en y exerçant des pressions. L’étendue de leurs activités dépend de leur assurance et de ce qu’ils cherchent à modifier, les sociétés cibles étant généralement moins rentables que leurs concurrents. Etant donné leur attitude agressive envers la direction et leurs approches hostiles envers la rentabilité à court terme, ils sont souvent considérés comme des «prédateurs» ou des «requins financiers».

L’activisme des hedge funds

L’activisme des hedge funds est le plus agressif de tous, il implique des actionnaires désireux de provoquer un changement important dans la stratégie, la structure financière et la composition de la direction ou du conseil d’administration. Les actionnaires qui veulent jouer un rôle dans la fixation du salaire des cadres, mouvement connu sous le terme «Say on Pay», sont plus fréquents et moins conflictuels. Aux Etats-Unis, cette attitude a permis de déployer la puissante législation Dodd-Frank après à la crise financière, celle-ci permettant de mieux responsabiliser le système financier américain et de le rendre plus transparent. L’interconnexion entre les institutions financières internationales et les entités commerciales lui a permis de déployer ses effets dans le monde entier.

Le regard porté sur la gouvernance et la rémunération

Parmi les sujets préférés des actionnaires zélés, on trouve la gouvernance, les plans de rémunération des cadres, l’audit et la gestion des risques, la stratégie générale ou le fait de découper ou de fusionner de grands groupes afin de permettre le recentrage sur le cœur de métier. Les derniers mouvements d’activistes ont visé la composition de la direction et les décisions d’allocation du capital. Ils ont généralement tenté de modifier les équipes de direction, de créer des synergies opérationnelles, d’imposer une restructuration financière ou de faire procéder à des désinvestissements par la vente d’actifs. 

Les investisseurs peuvent faire pression en coulisses dans le cadre de réunions ou par voie de lettres ou être plus agressifs sous la forme de campagnes de presse contre la direction afin de lui forcer la main en faisant appel à l’opinion publique. Quoi qu’il en soit, la première étape consiste à organiser une coalition entre investisseurs de même bord tels que les caisses de retraite ou d’autres gestionnaires de fonds qui souhaitent dégager des rendements supérieurs.

En 2015, des centaines de sociétés à travers le monde ont souffert des investisseurs activistes et 2016 semble, pour l’instant, être un bon cru dans ce domaine: les investisseurs David Einhorn et Carl Icahn ont tous deux utilisé leurs larges participations dans Apple pour faire pression sur la société et pour obtenir plus de rendement sur le capital en faveur des actionnaires sur la base des énormes réserves en liquidité de près de 150 milliards de dollars que celle-ci détient. 



Des pressions sur PepsiCo, DuPont et Sony

En 2014, Trian Fund avait tenté d’exercer son influence pour que PepsiCo se sépare de son activité snacks et boissons et avait fini par placer l’un de ses agents au conseil d’administration.

Bill Ackman, de Pershing Square Capital Management, le 10e plus grand actionnaire de Procter&Gamble, avait réussi, en 2013, à pousser dehors le CEO Robert McDonald en critiquant sa performance et en promettant des cours supérieurs de l’action. Un litige entre Trian Fund (encore lui) et le conseil d’administration de DuPont relatif à la scission de la société avait abouti à une victoire à court terme de la CEO Ellen Kullman. Toutefois, elle démissionna quelques mois plus tard. Par la suite, DuPont a fusionné avec Dow Chemical après avoir été la cible d’une autre société activiste, le Hedge Fund Third Point. Trian Fund aurait été consulté avant la fusion.

In 2013, Dan Loeb, le gestionnaire-activiste du hedge fund Third Point, avait écrit à Sony en l’intimant de séparer les activités loisirs de celles de l’électronique en arguant que les actionnaires devaient pouvoir continuer à investir dans Sony Entertainment tout en réduisant les produits électroniques par une plus forte concentration sur les produits rentables et l’abandon des autres. En 2014, Sony annonça la vente de ses activités informatiques à Japan Industrial Partners, Inc., l’un des fonds nationaux spécialisé dans les restructurations. L’entreprise réforma aussi ses activités de télévision en créant une filiale à 100%.

Malgré les critiques émises, les preuves empiriques démontrent que le cours de l’action et la performance opérationnelle des sociétés visées ont été améliorés après l’implication des activistes. Comme le déclarait Warren Buffet: «Si toutes les sociétés étaient bien gérées, les activistes n’auraient rien à faire. Mais la vérité est que, dans certaines entreprises, les dirigeants ont oublié pour qui ils travaillent».

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