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Quand faut-il se méfier de la taille des fonds?

L'augmentation du volume d'un fonds n’est pas une garantie de performance future. L’épargnant devrait porter son regard sur six critères, selon Morningstar

Les investisseurs adorent acheter un fonds qui présente une superbe performance. Il est bien naturel d’acheter des success-stories. La banque qui commercialise ce produit se félicite de l’augmentation de la taille d’un fonds puisqu’elle est rémunérée en fonction du total des actifs sous gestion. Mais c’est peut-être «un piège pour les épargnants», avertit Ali Masarwah, économiste auprès de Morningstar, un spécialiste de l’analyse des fonds et des actions qui publie une étude à ce sujet (Evaluating Capacity and Liquidity for Equity Strategies).

L’argent que reçoit un fonds risque en effet de modifier la stratégie du gestionnaire et de ternir son rendement futur. Les capitaux obtenus peuvent par exemple être investis dans de nouvelles sociétés moins performantes et changer le profil de portefeuille que recherchait l’investisseur. Le gérant peut attendre et conserver ces nouvelles liquidités en cash pour ne pas faire de mauvais choix. Mais cela change la composition du portefeuille et risque de diluer sa performance. Quand un fonds de placement devient-il trop grand?

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Morningstar présente six signaux d’avertissement pour l’épargnant. Attention, la taille en elle-même n’est pas un indicateur de mauvaise performance future, ni pour un seul fonds, ni pour une société de gestion. Si BlackRock est le leader mondial avec plus de 6000 milliards de dollars sous gestion, ses fonds actifs ont autant de chance de présenter une performance positive que les autres. Comme dans de nombreux domaines de l’économie, c’est l’évolution d’un fonds et de sa propre stratégie qui importe.

Les six critères clés

Dans la catégorie des fonds actions commercialisés en Suisse, le tableau ci-joint montre que c’est un fonds passif en actions américaines d’UBS qui a la plus grande taille, avec 8,8 milliards de francs d’actifs sous gestion, devant un fonds Credit Suisse en actions suisses et le fonds Pictet Megatrend. Ce dernier a quadruplé son volume en cinq ans. Rien ne laisse supposer un changement de mandat. Selon Morningstar, les critères suivants doivent être évalués:

1. La vitesse de l’afflux de fonds. Un portefeuille qui accroît sa taille très vite aura davantage de peine à maîtriser son succès que si l’augmentation est lente et progressive. L’important consiste à ajuster la variation à l’évolution du marché. C’est en effet la collecte de fonds qui importe et non la variation des indices. Une forte croissance organique peut être un signal d’alarme, selon Morningstar. Ce dernier cite l’exemple d’un fonds américain en petites capitalisations boursières dont les actifs ont décuplé entre septembre 2017 et septembre 2018. L’abondance d’argent risque alors de diluer sa performance. Dans pareil cas, «le feu passe au rouge», indique Morningstar. Le chercheur préfère que le fonds réduise partiellement ou ferme l’accès, qu’il cesse les activités de promotion et renonce à des mandats.

Un afflux de fonds rapide crée aussi le risque inverse. Si les investisseurs se détournent rapidement d’une stratégie ou d’un fonds en raison d’un brusque changement d’environnement boursier, le gestionnaire devra vendre des positions dans l’urgence et risquera de détériorer sa performance, selon les titres qu’il décide de vendre.

2. Les fonds de la société de gestion. L’important consiste à évaluer l’ensemble des fonds gérés par une institution dans une stratégie précise. Car une banque ou une société de gestion dispose non seulement de fonds de placement mais aussi de mandats. Par ailleurs des recoupements sont fréquents, par exemple entre les fonds en actions chinoises, en actions asiatiques et en actions émergentes. L’analyse est toutefois complexe et réservée aux professionnels. L’existence de titres peu liquides répartis dans des fonds différents mériterait une attention particulière. Cela rendrait plus compliquée leur vente en cas de changement d’opinion sur leurs perspectives.

3. L’évolution de la capitalisation moyenne des différentes positions. Des modifications de la capitalisation moyenne d’un fonds de placement peuvent signaler un changement de style de la part du gestionnaire. Par exemple un fonds en petites valeurs peut se transformer en fonds en moyennes capitalisations. L’épargnant convaincu du savoir du gérant dans l’une des catégories a de bonnes raisons de s’étonner d’un tel changement. Morningstar ajoute que l’évolution de la capitalisation doit être analysée en fonction de la tendance de l’ensemble du marché.

4. Le nombre d’actions dans un fonds. L’augmentation du nombre de titres peut être risquée, selon Morningstar. Le gérant trouve-t-il parmi les nouvelles positions d’aussi bonnes idées de placement que les actions déjà en portefeuille? Une baisse du nombre de titres peut traduire un choix porté sur des valeurs plus grandes et plus liquides. Morningstar cite justement le cas d’un fonds qui a pris ce type de décision pour être capable d’absorber facilement l’arrivée de capitaux supplémentaires.

5. La part active (Active Share). Ce critère sert à définir la part de gestion active d’un gestionnaire de fonds de placement et son écart par rapport à l’indice de référence. Un changement de la part active peut mettre en exergue une modification de stratégie, selon Morningstar. L’interprétation d’une hausse de la part active n’est pourtant pas aisée. Elle peut aussi bien signifier une plus grande émancipation par rapport à l’indice qu’une tentative par le gestionnaire de chercher de nouvelles idées de placement dans d’autres catégories de titres.

6. La part du cash. Si la taille d’un fonds augmente très vite, cela peut accroître la part de cash. Le gestionnaire n’a en effet plus assez de temps pour investir l’argent qu’il accumule. Cela risque de pénaliser la performance.

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