La Réserve Fédérale américaine (Fed), qui a laissé mercredi ses taux d’intérêt inchangés, a indiqué qu’elle pourrait être «bientôt» prête à diminuer ses aides à l’économie, dans un communiqué publié à l’issue de la réunion de son Comité monétaire.

L’institution monétaire veut en effet progressivement retirer à l’économie américaine la béquille qui l’a aidé à traverser la crise. Et elle a donné, à l’issue de la réunion de son Comité monétaire, un signal qui était très attendu par les marchés, en indiquant que le rythme des achats d’actifs pourrait «bientôt» commencer à diminuer, «si les progrès (économiques) se poursuivent». Les 120 milliards de dollars de bons du Trésor et autres titres, que la Fed achète chaque mois depuis le début de la crise, vont progressivement diminuer, jusqu’à zéro.

En revanche, les taux directeurs, maintenus mercredi dans la fourchette de 0 à 0,25% dans laquelle ils avaient été abaissés en mars 2020, devraient y rester encore un moment.

Une inflation plus élevée que prévu

Le resserrement de la politique monétaire semble donc imminent, malgré une croissance qui devrait être moins forte que prévu, et une inflation, au contraire, plus élevée.

La Fed table sur une inflation accélérant à 4,2% cette année, contre 3,4% estimé en juin, avant de ralentir à 2,2% en 2022 (+0,1 point par rapport à son estimation précédente) et restant inchangée en 2023.

La Réserve Fédérale admet que l’inflation est «élevée» mais elle continue de souligner qu’elle «reflète en grande partie des facteurs transitoires». L’institution répète depuis des mois que l’accélération de l’inflation ne devrait pas conduire à une surchauffe de l’économie. Elle souligne que la hausse des prix est à mettre en regard d’un plongeon des prix en 2020 quand la pandémie faisait rage.

Jerome Powell a prévenu que les prix pourraient continuer à grimper plus longtemps que prévu, la réouverture de l’économie continuant «de se heurter à des goulets d’étranglement, aux difficultés d’embauche et à d’autres contraintes, qui pourraient s’avérer plus importantes et plus durables que prévu».

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La Fed a parallèlement fortement abaissé son estimation de la croissance du produit intérieur brut (PIB) américain en 2021, à 5,9% contre 7% estimé en juin. Concernant l’année prochaine, elle relève au contraire son estimation de la croissance américaine, pour la porter à 3,8% (+0,3 point).

Reprise difficile sur le front de l’emploi

Sur le front de l’emploi, la reprise est difficile. Le taux de chômage est désormais estimé à 4,8% (+0,3 point) pour 2021. Mais il devrait retomber à 3,8% l’année prochaine et retrouver son niveau d’avant la pandémie l’année suivante.

«Grâce aux progrès en matière de vaccination et à un solide soutien politique, les indicateurs de l’activité économique et de l’emploi ont continué de se renforcer», estime la Fed.

Elle note cependant que les secteurs les plus touchés par la pandémie, en référence en particulier à celui de l’hôtellerie et la restauration, ont enregistré des améliorations ces derniers mois, «mais l’augmentation des cas de Covid-19 a ralenti leur reprise».

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Powell exhorte le Congrès à relever sans délai le plafond de la dette

Une nouvelle ombre vient désormais planer sur l’économie américaine, et, par ricochet, sur l’économie mondiale: celle d’un défaut de paiement des Etats-Unis, si le plafond de la dette n’est pas relevé ou suspendu par le Congrès d’ici la fin du mois d’octobre.

Le patron de la Banque centrale américaine a souligné qu’il était «très important» de relever le plafond de la dette «dans les meilleurs délais afin que les Etats-Unis puissent payer leurs factures».

«C’est d’une importance cruciale», a déclaré Jerome Powell. «Ne pas le faire pourrait entraîner de graves réactions, de sérieux dommages à l’économie, sur les marchés financiers et ce n’est tout simplement pas quelque chose que nous devrions envisager.»

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Les démocrates de la Chambre des représentants ont voté mardi soir un texte qui comprend la suspension de la limite de la dette jusqu’en décembre 2022. Mais ce texte est voué à l’échec au Sénat en raison de l’opposition républicaine.