Sans surprise, la Réserve fédérale (Fed) a décidé mercredi une nouvelle hausse de son principal taux directeur d'un quart de point, le fixant à 2%. Cette décision répond aux attentes des analystes. Il s'agit de la quatrième hausse consécutive depuis début juin. Le Fed Funds, le principal taux directeur, était alors à 1%, son plus bas niveau depuis 1958. La Fed souligne qu'elle est encore au début de son cycle de resserrement monétaire entamé en juin et qu'elle pourrait sans doute poursuivre le relèvement des taux à un rythme mesuré.

«Avec une inflation sous-jacente qui devrait rester relativement basse, le Comité de politique monétaire pense que la politique de bas coût de l'argent sera retirée à un rythme sans doute mesuré», a souligné la Fed dans le communiqué accompagnant l'annonce de sa décision. Selon elle, la croissance économique américaine progresse «à un rythme modéré en dépit de la hausse des prix de l'énergie». Les conditions se sont également améliorées sur le marché de l'emploi, selon le commentaire des gouverneurs de la Réserve fédérale. Les derniers chiffres publiés la semaine dernière ont été en effet très bons avec la création de 337 000 postes de travail en septembre.

La Fed a été également encouragée par les chiffres du déficit budgétaire publié hier, qui a accusé en octobre un déficit budgétaire de 57,3 milliards de dollars, contre un déficit de 69,5 milliards de dollars en octobre 2003. Ce déficit est un peu inférieur aux attentes des analystes qui tablaient en moyenne sur un trou budgétaire de l'ordre de 58 milliards de dollars en octobre. Ce déficit va donc dans le sens d'une réduction du trou dans les finances publiques. Le pays comptabilise un déficit budgétaire record de 413 milliards de dollars pour l'année fiscale 2004.

Le président de la Fed, Alan Greenspan, a été très sévère à ce propos dans la journée: «Le déficit, s'il continue à se creuser, peut déstabiliser l'économie nationale.» Pour Susan Bies, gouverneure de la Fed, le Congrès dépense comme «s'il se servait gratuitement dans un pot de biscuits au chocolat». Un autre gouverneur de la banque centrale, William Poole, tirait la sonnette d'alarme sur les conséquences d'un tel déficit sur la sécurité sociale.

La Fed s'est montrée rassurante sur la hausse des prix, jugeant que l'inflation et les attentes d'inflation à long terme restent bien contenues. Par rapport à la situation globale de l'économie, la Fed a estimé que les risques sont à peu près équilibrés pour la croissance et la stabilité des prix dans les trimestres à venir.

La Bourse américaine et le marché obligataire ont pris quelques couleurs mercredi après la décision de la Réserve fédérale, tandis que le dollar glissait légèrement face à l'euro. «Le relèvement des taux comme les commentaires de la Fed étaient très largement attendus par le marché», a remarqué Larry Wachtel, principal stratège boursier de Wachovia Securities. D'après lui, la hausse de la Bourse depuis la décision de la Fed est donc à mettre sur le compte du soulagement: «C'est une incertitude qui est maintenant derrière nous», au même titre que l'élection présidentielle américaine.