Des signes croissants démontrant que l'économie américaine est en train de vivre un soft landing tant attendu, la décision du comité de politique monétaire (FOMC) de la Réserve fédérale américaine (Fed) devrait être une formalité, affirmait le Financial Times dans son édition de mardi. C'est dire que le statu quo monétaire était unanimement attendu et la Fed, hier soir, a confirmé la justesse de ces attentes. Elle a maintenu son taux des fonds fédéraux à 6,5%. Son président, Alan Greenspan, a toutefois laissé entendre, dans un commentaire très attendu pour sa part, que si l'activité ralentit, il n'en reste pas moins que les risques d'accélération de l'inflation sont présents. Un resserrement monétaire est donc à craindre ces prochains mois, plus vraisemblablement après les élections présidentielles puisque traditionnellement la banque centrale n'intervient pas en cette période électorale.

Notons au passage qu'au vu des mauvaises nouvelles en provenance de l'Allemagne (l'Ifo, indicateur du climat des affaires qui a chuté à 99,1 points mardi, son plus bas niveau depuis huit mois, lire en page 33), la Banque centrale européenne pourrait aussi prolonger sa pause le 31 août.

Cette dichotomie entre l'acte et le commentaire, qui n'est pas nouvelle, révèle tout de même l'embarras dans lequel devait se trouver le FOMC. Car si l'on parle volontiers aujourd'hui – et Alan Greenspan en premier dès le début du mois – de léger ralentissement de l'activité dans la première puissance mondiale, on ne peut négliger la présence de facteurs tendant à démontrer le contraire. Le PIB, par exemple, a gagné 5,2% au second trimestre tandis que les cours du pétrole sont à leur plus haut, tout comme l'indice de confiance des consommateurs.Toutefois, souligne Michel Girardin, responsable du conseil en investissement auprès de la Banque Edouard Constant, tous les facteurs (allant dans un sens ou dans l'autre) n'ont pas le même poids. L'inflation maîtrisée (+2,6% au cours des sept premiers mois de l'année hors alimentation et énergie) ou le tassement de la consommation sont ainsi des statistiques suivies avec une attention particulière. Mais on peut se demander si l'activité américaine ne va pas expérimenter un «touch and go» (redémarrage après atterrissage), s'inquiète Michel Girardin.

La décision d'hier accroît la réalisation de cette hypothèse. «Alan Greenspan est confronté au problème suivant, relève encore l'économiste: laisser les taux inchangés constitue une bonne nouvelle pour les marchés, ce qui engendre un risque de rally, notamment du Nasdaq. Or, on connaît l'influence de ce dernier sur l'effet de richesse des consommateurs américains. L'économie pourrait alors accélérer à nouveau dans les trois mois.» Confronté à un choix difficile, la Fed a toutefois agi dans le bon sens, estime Michel Girardin: «Si j'étais membre du FOMC, je sauterais un tour, compte tenu de la tendance au ralentissement de l'activité qui prend forme. Quitte à relever les taux prochainement si le Nasdaq s'envole ou si de nouveaux chiffres inquiétants apparaissent.»

Un autre facteur, étonnement, militait en faveur d'un maintien des taux: la progression vertigineuse des prix du baril. «On associe souvent cette hausse avec une probabilité accrue de relèvement des taux, constate Michel Girardin. Pourtant, historiquement, une flambée des prix du pétrole entraîne une forte décélération, voire une récession économique. Aux Etats-Unis, on peut penser que ce facteur, associé à d'autres, va dans le sens d'un ralentissement de l'activité. Car les entreprises ne peuvent généralement répercuter cette hausse sur leurs prix, ce qui contracte leurs marges bénéficiaires, et le pouvoir d'achat des consommateurs (les automobilistes principalement, ndlr) baisse.»