Les experts ne pensent plus que le fossé entre la politique de la réserve fédérale américaine (Fed) et celle des autres banques centrales dans le monde viendra renforcer le dollar. Le marché dresse plutôt une liste de plus en plus longue de préoccupations mondiales, dont beaucoup se rapportent à la Chine, notamment en termes de trajectoire de sa croissance et de politique de dévaluation monétaire, laquelle est à l’origine d’une déflation internationale.

Dans sa déclaration de politique monétaire de janvier, la réserve fédérale américaine fait état de ces inquiétudes à l’échelle mondiale, auxquelles on peut par ailleurs ajouter les incertitudes croissantes autour des États-Unis quant à la faiblesse de son marché des actifs, notamment les obligations spéculatives, mais aussi à propos des conséquences des mauvais chiffres de l’économie américaine, avec des résultats inférieurs aux prévisions. La semaine dernière, le dollar a encore souffert, connaissant le cours le plus bas depuis des années, avec une chute de plus de 3% en une seule semaine.

Rebond de l’emploi américain

Le marché s’attend à ce que les derniers chiffres américains soient encore plus faibles. Et pourtant, les chiffres de l’emploi publiés la semaine dernière outre-Atlantique présentaient un rebond intéressant. Certains considèrent la croissance anémique de l’emploi, avec seulement 151 000 créations de poste comme un signe de ralentissement du côté des emplois (soyons honnêtes, tous les chiffres mensuels annoncés relèvent plus ou moins d’un jeu de devinette et d’ajustements statistiques, mais laissez-moi m’expliquer).

D’autres associent les mauvais chiffres de l’emploi aux bénéfices bien supérieurs aux prévisions et dressent un tableau du marché de l’emploi proche du plein-emploi, avec une forte inflation des salaires en vue en raison de la demande croissante de travailleurs très qualifiés. De même, la hausse des profits alors que le prix de l’énergie atteint des niveaux abyssaux révèle que le pouvoir d’achat des Américains a grimpé en flèche cette année. Sûrement pas de quoi dynamiser l’économie en général si la crise de la confiance se propage, mais tous les ingrédients sont-là pour une reprise économique si un nouveau revirement financier et un nouveau resserrement des crédits sont évités. Le dollar n’est donc pas encore tout à fait hors jeu.

Pas de nouvelle hausse

Demain et jeudi, Janet Yellen, présidente de la Fed, présentera son compte rendu semestriel aux deux chambres du congrès américain sur l’état de l’économie et la politique monétaire de la Fed. Personne ne voudrait être à la place de Janet Yellen, ayant les événements pris une tournure catastrophique depuis la hausse des taux de la Fed en décembre dernier, pour la première fois depuis 2006, et indiqué dans ses prévisions vouloir procéder à quatre nouvelles révisions cette année.

Selon le marché, la Fed ne devrait pas annoncer de nouvelle hausse en 2016 et beaucoup d’observateurs pensent qu’il est plus probable que la Fed annonce une nouvelle réduction des taux, voire même un nouvel assouplissement quantitatif. Un revirement politique de la part de la Fed ces prochains mois constituerait un revers embarrassant et nous rappellerait, une fois de plus, l’absence totale de vision de la Fed quant à la trajectoire de l’économie américaine et sa stabilité financière. Nous entrons par ailleurs dans une période politique où toute faiblesse économique nous amènerait à passer au crible les actions menées à ce jour par la Fed. La Fed aurait vraiment voulu faire profil bas cette année, mais les événements en ont décidé autrement.

*Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank