Au début de l’année, la Réserve fédérale avait laissé entendre qu’elle pourrait relever son taux d’intérêt directeur quatre fois en 2016. Elle ne le fera peut-être pas du tout. Ce n’est en tout cas pas le conseil du Fonds monétaire international (FMI) que de se précipiter. «Nous recommandons à la Fed de rester prudente», a insisté Min Zhu, vice-directeur général de l’institution basée à Washington, lors d’un débat mardi sur les perspectives de croissance mondiale au Forum économique mondial (WEF) à Tianjin.

«Il ne faut pas croire, la Fed tient compte de ce qui se passe dans le monde, même si elle dit s’intéresser au taux de chômage dans son pays pour décider d’une hausse de taux», a souligné Nouriel Roubini. Le président de Roubini Global Economics et professeur à l’Université de New York, omniprésent dans les débats à Tianjin, a rappelé que la banque centrale a déjà dû repousser des hausses de taux en raison du contexte global.

Déjà remis à plus tard

L’an dernier, lorsqu’elle a mis fin à son programme de QE (assouplissement quantitatif), on s’attendait à ce qu’elle procède à un tour de vis en septembre, elle a passé un tour en raison des craintes liées au ralentissement chinois. Il s’est produit la même chose au début de cette année, où les turbulences sur les marchés, là encore provoquées par l’incertitude chinoise et la chute des prix des matières premières, l’ont empêché d’agir. La Fed a relevé ses taux pour la première fois depuis la crise financière en décembre dernier, mais elle avait prévu de le faire plusieurs mois plus tôt.

Pour certains pays, c’est en fait la bonne nouvelle du «Brexit»: «La Fed et les autres banques centrales ne vont pas resserrer leurs taux de sitôt, ce qui donnera de l’oxygène aux marchés émergents», a souligné Jing Ulrich, directrice générale de JP Morgan en Asie-Pacifique. «Chaque hausse de taux d’intérêt est associée avec une appréciation du dollar et avec des flux de capitaux qui sortent des pays émergents et vont aux Etats-Unis, provoquant des soubresauts dans les marchés émergents», a-t-elle rappelé.

Nouvelle fragilité dans l’économie mondiale

De manière générale, la décision des Britanniques de quitter l’Union européenne la semaine dernière introduit une nouvelle fragilité dans une économie mondiale déjà fragile, a estimé le vice-Premier ministre turque, Mehmet Simsek. Sans comparer l’événement à la faillite de Lehman Brother – il ne s’agit, à son avis, pas «d’un choc systémique» – le vote de la Grande-Bretagne est une crise politique qui a beaucoup de conséquences.

Et qui seront ressenties pendant longtemps. «Pendant les deux prochaines années, il risque de ne rien se passer, cela signifie que l’incertitude va rester présente sur les marchés, impliquant de la volatilité et, donc, des pressions sur la croissance mondiale», a ajouté Min Zhu. C’est d’autant plus compliqué que les pays n’ont plus de marges de manœuvre dans leur politique budgétaire, tandis que les banques centrales n’ont plus beaucoup d’outils non plus, a poursuivi le numéro deux du FMI. Il ne reste donc plus que les réformes structurelles, plus difficiles à mettre en œuvre. Tout cela aura pour conséquence un risque que l’économie mondiale ralentisse encore, et même que son potentiel de croissance diminue, a-t-il encore ajouté.

Difficile, voire impossible, dans ces conditions, pour les banques centrales occidentales de sortir de leurs politiques monétaires ultra-expansionnistes. Elles doivent plutôt, à l’image de la Banque d’Angleterre, intervenir pour stabiliser les marchés et assurer le fonctionnement du système financier. Ou comme la Banque nationale suisse, pour stabiliser la monnaie.

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