La Réserve fédérale (Fed) avait prévenu. Tous les moyens seraient mis en œuvre pour lutter contre la pire récession traversée par les Etats-Unis depuis la guerre. Elle l'a encore prouvé mercredi soir. Le comité décidant de la politique américaine a choisi, à l'unanimité, d'abaisser les taux directeurs de 1,5% à 1%. Lors de sa dernière réunion, en septembre, la Fed les avait laissés à 2%. Avant de les abaisser en urgence à 1,5%, le 7 octobre, en raison de la gravité de la crise.

Servant de référentiel pour les emprunts de l'ensemble de l'économie, ce taux était à 5,25% il y a encore treize mois. Il revient maintenant au niveau auquel l'avait plaqué Alan Greenspan - le prédécesseur de Ben Bernanke à la tête de la Fed - lors de la dernière récession, entre 2003 et 2004. Si un nouvel abaissement est décidé lors de sa réunion de décembre, les taux américains n'auront jamais été aussi bas depuis 1958. Malgré cette dernière décision, Wall Street a terminé en baisse, abandonnant 0,82%.

L'inflation s'estompe

Les observateurs se sont précipités hier sur le communiqué justifiant cette décision. Leur première préoccupation porte sur l'évaluation que font les responsables de la Fed de la récession; alors que tout le monde s'attend à ce que Washington dévoile aujourd'hui un recul de l'économie entre juillet et septembre. La Fed signale que «le rythme de l'activité a ralenti de façon marquée» en raison de «la baisse de la consommation des ménages», pilier de la croissance. Elle ajoute que «l'intensification des turbulences sur les marchés va restreindre davantage les dépenses». Elle avertit également que «le ralentissement de nombre de pays étrangers assombrit les perspectives pour les exportations». Or ces dernières avaient maintenu à bout de bras la croissance au printemps.

Deuxième préoccupation, le danger inflationniste, dont le déclin pourrait ouvrir la porte à la poursuite des baisses de taux, sous 1%. La Fed note que «l'inflation va continuer de diminuer dans les prochains trimestres, pour atteindre des niveaux compatibles avec la stabilité des prix». La menace semble donc avoir disparu.

Des taux bientôt à zéro?

La question reste de savoir si cette réduction drastique des taux peut amener à un déblocage des prêts nourrissant l'économie. Le souvenir d'un Japon qui, il y a quinze ans, avait abaissé ses taux à zéro - sans résultat - reste dans toutes les têtes. Des taux à moins de 1% peuvent-ils relancer la machine? «Cela aide, sans conteste, même si la transmission de la politique monétaire sur l'économie se fait mal», estime Bernard Lambert, économiste au sein de la banque Pictet. «Plus on s'approche de 0% et plus l'effet devient important: cela signifie, par exemple, que le coût des emprunts pour les banques devient nul. Même si celles-ci sont frileuses, cela va bien les inciter au bout d'un moment à emprunter pour prêter», poursuit celui-ci.

Sans compter que des taux à zéro ne signifient en rien la fin de la route pour la Fed. «On peut ensuite imaginer qu'elle tente de faire baisser les taux longs - comme les taux hypothécaires à 30 ans - en rachetant des obligations sur le marché», poursuit Bernard Lambert. Même si l'immobilier est en crise, difficile d'imaginer que nombre d'Américains ne tenteront pas de profiter d'une réduction drastique du coût des emprunts - actuellement le taux hypothécaire à 30 ans est de 6,5% - pour investir dans la pierre.