Pour contrer une baisse de la croissance au deuxième trimestre et rassurer les marchés face aux ravages de l'épidémie du Covid-2019, la Banque centrale américaine a brutalement abaissé d'un point de pourcentage les taux, pour les ramener dans une fourchette comprise entre 0 et 0,25%, dimanche, comme le réclamait le président Donald Trump depuis des mois. La dernière fois que la Fed avait abaissé ses taux à un tel niveau remonte à décembre 2008. Elle n'avait commencé que sept ans plus tard à les remonter.

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«Les effets du coronavirus pèseront sur l'activité économique à court terme et présenteront des risques pour les perspectives économiques», relève-t-elle dans un communiqué. «Je crois que tout le monde est d'accord pour dire que le deuxième trimestre sera faible et même que la croissance sera un peu négative», a reconnu Jerome Powell, patron de la Fed, au cours d'une conférence de presse téléphonique, soulignant qu'ensuite il était très difficile de savoir la direction que prendront les choses.

Donald Trump félicite la Fed

La Réserve fédérale a précisé qu'elle maintiendrait ces taux jusqu'à ce que la crise soit passée. Seule une participante a voté contre cette action, étant favorable à une baisse moins forte. Donald Trump, qui réclame depuis des mois une telle action, a immédiatement félicité l'institution, lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche: «Cela me rend très heureux. Je veux féliciter la Réserve fédérale.»

Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, avait assuré dimanche matin ne pas prévoir de récession de l'économie américaine, anticipant simplement un «ralentissement» malgré les nombreuses prévisions d'économistes. Le comité monétaire de la Fed ne se réunira finalement pas mardi et mercredi comme prévu. C'est la seconde fois depuis début mars qu'il procède à une baisse hors du calendrier habituel de ces réunions.

Wall Street devrait ouvrir en baisse lundi

L'abaissement des taux, qui permet de réduire le coût du crédit et ainsi de stimuler la consommation, fonctionne pour soutenir l'économie lors d'une crise classique. Mais rien ne dit que cela sera efficace pour lutter contre cette crise inédite.

Wall Street pourrait ouvrir en forte baisse lundi, si l'on en croit les indications des titres à termes, qui préfigurent souvent l'humeur au début de la séance officielle. La rumeur d'une intervention de la Fed avait bruissé tout le week-end après que Wall Street a connu jeudi sa pire journée depuis le krach boursier d'octobre 1987.

Une action concertée au niveau mondial a par ailleurs été menée pour garantir que les liquidités seront suffisantes lundi. La Fed, la Banque centrale européenne et les Banques centrales du Japon, Royaume-Uni, Canada et de Suisse, ont assoupli les conditions auxquelles elles s'échangent des devises entre elles, afin de pouvoir garantir un approvisionnement suffisant des marchés et, au final, du système économique tout entier, en dollar.

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La Banque centrale américaine a par ailleurs annoncé l'achat de 500 milliards de dollars (450 milliards d'euros) de bons du Trésor et de 200 milliards de dollars (180 milliards d'euros) de titres hypothécaires, pour «soutenir le bon fonctionnement» de ces marchés «qui sont au coeur des flux de crédit aux ménages et aux entreprises», a-t-elle expliqué.

Le «Bazooka de la liquidité»

Face à l'affolement, elle avait abreuvé les marchés en liquidités toute la semaine, apportant plusieurs milliers de milliards de dollars, et avait renoué avec les rachats de dette américaine à travers les bons du Trésor. Les observateurs y avaient immédiatement vu le retour d'un outil utilisé pour combattre la crise de 2008: le quantitative easing (QE), ou assouplissement quantitatif, qualifié par des analystes de Barclays de «bazooka de la liquidité».

La Banque centrale européenne n'a pas touché à ses taux, estimant que la réponse devait d'abord venir des gouvernements. En revanche, la Banque d'Angleterre a abaissé les siens à 0,25%, et celle du Canada, d'un demi-point.