A crise profonde, moyens extrêmes. La Fed va s'engager dans une activité à laquelle les banques centrales ne touchent pas, le prêt direct aux privés. Son but est néanmoins toujours le même depuis que les Etats-Unis sont entraînés dans la spirale de la crise du crédit, la relance de l'économie en abaissant les taux d'intérêt.

Ben Bernanke, président de la banque centrale américaine, a articulé son plan lors d'une conférence lundi au Texas: «Premièrement, la Fed pourrait acheter des emprunts à long terme du Trésor ou d'agences gouvernementales sur le marché dans des quantités substantielles. Cette approche devrait influencer le rendement de ces titres et contribuer à stimuler la demande. Deuxièmement, elle peut fournir la liquidité demandée non seulement par les institutions financières, mais aussi directement par certains marchés financiers. Elle peut ainsi s'adresser directement aux emprunteurs ou aux investisseurs.»

Cette stratégie avait été appliquée à l'économie américaine des années de guerre et d'après-guerre afin de maintenir des taux bas malgré les immenses besoins de financement de l'époque.

Elle rompt néanmoins avec les méthodes de travail traditionnelles des banques centrales. Chargées d'ajuster l'offre de monnaie à la demande de l'économie tout en évitant de plonger dans le piège de l'inflation, elles prêtent à court terme à des banques commerciales. Ces dernières se chargent de redistribuer cet argent en des crédits à plus ou moins long terme, à des taux sensiblement plus élevés.

Modèle pas exportable

Mais lorsque les banques commerciales ne prêtent plus, comme c'est le cas depuis septembre, les emprunteurs sont prêts à payer des rendements nettement plus élevés pour lever des fonds. Confrontés à des coûts de refinancement très élevés, ils investissent moins, ce qui contribue à approfondir la récession.

Le risque, c'est de stimuler l'inflation à moyen terme. Par ses achats de titres de dettes, la Fed fait gonfler son bilan, ce qui accroît la masse monétaire alors que l'économie se contracte. Cependant, pour Ben Bernanke, ce risque sera évité si la Fed réduit son bilan «à temps», c'est-à-dire lorsque l'économie n'aura plus besoin des prêts directs de son institution. «Une question qui sera résolue plus tard», indique celui pour qui la priorité est de maintenir le système financier à flot.

«C'est une initiative très sage», commente l'économiste Janwillem Acket, de Julius Baer, qui juge la Fed «très inventive». Il n'estime toutefois pas le modèle américain applicable à la Suisse: «La BNS n'est pas aux prises avec une bulle qui a éclaté. Sa tâche est de maintenir un taux de change adapté aux entreprises d'exportation.»