Un sécateur assisté électriquement? Pour les viticulteurs, arboristes et autres professionnels de la taille, ce genre d’outils n’est pas nouveau. Felco, le spécialiste neuchâtelois, leur vend d’ailleurs déjà depuis de nombreuses années des sécateurs dotés d’une batterie et qui permettent de couper et d’élaguer de façon répétitive et sans efforts. Ce segment représente environ 20% du chiffre d’affaires de l’entreprise.

En fait, si les dirigeants de Felco ont organisé une conférence de presse d’envergure, jeudi, dans leur siège des Geneveys-sur-Coffrane, c’est que son nouveau sécateur, baptisé «Felco820», est le premier né de sa propre unité de recherche et développement (R&D).

Avant mars 2010, date de la création de la spin-off Felco Motion, la R&D était réalisée ailleurs. L’entreprise a travaillé pendant près de vingt ans avec une société française pour développer des nouveautés techniques. Mais la voie stratégique empruntée par son partenaire qui, au fil de sa croissance, a notamment délocalisé une partie de sa production en Asie, ne correspondait plus aux aspirations qualitatives de Felco. Les composants et le service après-vente sont progressivement devenus moins satisfaisants, Felco était de moins en moins bien servi.

S’extraire du quotidien

La réflexion sur une intégration de la R&D débute en 2008. Un an plus tard, le directeur commercial, Stéphane Poggi, est nommé directeur d’une entité qui n’a alors pas encore de nom. Une dizaine de spécialistes de l’électronique ou de la micromécanique sont employés. Ils sont basés dans les ­mêmes locaux que Felco mais la distinction juridique a son importance. «Elle leur permet de ne pas être soumis à nos impératifs quotidiens, de pouvoir réfléchir librement à des innovations», explique le directeur Christophe Nicolet, en marge de la présentation. Grâce à des collaborations avec plusieurs écoles, dont l’ECAL, et sociétés spécialisées, Felco Motion livre aujourd’hui le nouveau sécateur, poignée en main. «Il ne leur reste plus qu’à les emballer et à les envoyer sur les marchés», a promis hier Stéphane Poggi.

«Vous allez beaucoup entendre le mot innovation aujourd’hui», a aussi fièrement expliqué Christophe Nicolet. Sept brevets ont été déposés pour protéger les concepts de batterie, de gâchette ou de portage. «Arriver avec de nouveaux produits, cela permet aussi aux entreprises suisses d’imposer leurs prix au marché, et non pas de devoir s’aligner sur les dizaines d’autres produits concurrents, qui fabriquent en Asie ou en Europe», avait exposé en préambule Thierry Grosjean. Le conseiller d’Etat neuchâtelois en charge de l’Economie s’est érigé en témoin: «Quand je vais sur les foires, je suis heureux de constater que les concurrents de Felco essaient de copier ces modèles.»

Le «820» peut couper gros: 45 millimètres, assure-t-on, démonstration à l’appui. Ainsi, Felco veut réduire sa dépendance à la viticulture, son premier débouché. Les coupeurs de plus grosses branches, comme les sylviculteurs, arboriculteurs ou responsables des parcs et jardins devraient être intéressés, espère Christophe Nicolet.

Le directeur confie également que ce nouvel outil doit servir à ce que Felco se fasse une meilleure place dans la région nord-américaine, où l’entreprise estime pouvoir faire beaucoup mieux en termes de parts de marché. C’est d’ailleurs son prédécesseur, Laurent Perrin, petit-fils du fondateur qui, depuis le début de l’an dernier, a pour mission de faire progresser Felco sur ce marché.

Entre 4000 et 10 000 pièces

En attendant, le sécateur sera vendu à partir de septembre. Le prix de vente conseillé a été fixé à 2140 francs. Les objectifs se situent entre «4000 et 10 000 pièces pour la première saison», a avancé le directeur, une semaine après avoir présenté le nouvel outil à ses dizaines de revendeurs internationaux. Mais il précise: «Les premières saisons sont assez peu pertinentes à mesurer, car nous devons approvisionner les stocks tout au long de la chaîne. Nous en saurons plus au terme de la deuxième saison, lorsque le produit sera véritablement en main des utilisateurs.»