Start-up
Le jeune Zurichois de 34 ans a lancé «Impact Hub» à Genève il y a un an. Aujourd’hui, il compte déjà 170 entrepreneurs qui gravitent dans l’orbite qu’il a créée
16h30. Les pendulaires fourmillent autour de la gare Cornavin. En face, un bâtiment brut et en apparence calme contraste avec la terrasse de café ensoleillée d’en bas qui ne désemplit pas. On se faufile derrière l’immeuble, afin de pénétrer dans l’univers Art déco d’Impact Hub Genève. Un homme au style sport-chic s’approche d’un pas décidé.
Félix Stähli, cofondateur de la start-up qui fête sa première année d’existence, tente tous les jours de promouvoir l’entreprenariat dit «social». Du haut de ses 34 ans, il nous raconte avec fierté comment il a réussi à monter le projet de sa vie: fournir, contre paiements mensuels, des locaux permettant la collaboration, l’incubation et la création de start-up sociales et durables.
Débarquant de sa ville natale de Zurich il y a 13 ans, il fait ses débuts à l’IHEID de Genève. Baroudeur dans l’âme, il part plusieurs fois en échanges en Amérique Latine. Il met à profit ses années universitaires pour créer un groupe d’entreprenariat social en tant que membre d’une association estudiantine (AIESEC), et préside le GIMUN, une organisation non-gouvernementale des Nations unies, faisant ainsi ses premiers pas dans le domaine des relations internationales.
Un espace de travail et de partage
Une fois son diplôme en poche, il devient assistant correspondant pour un quotidien japonais au sein de l’ONU. «C’est à ce moment-là que j’ai découvert Impact Hub de Londres, et que j’ai décidé de fonder son homonyme suisse romand», précise le chef d’entreprise. Deux ans plus tard, il reçoit une offre au sein de Thomson Reuters, une grande société de données financières et se lance cette fois-ci dans le privé.
Durant six ans, il peaufine ce projet d’entreprise sur son temps libre. Son but, développer un espace de travail et de partage pour les entrepreneurs genevois. Trois cofondateurs, un prêt, 50 000 francs récoltés par crowdfunding et six semaines plus tard, Impact Hub Genève ouvre ses portes. «Avec un nombre de membres fluctuant autour de 170, on peut espérer atteindre la capacité maximale de 200 adhérents l’an prochain. Certains viennent pour travailler seuls, d’autres pour récolter de précieux conseils d’entrepreneurs, ou encore proposer leur expertise», précise Félix.
Une dualité omniprésente
«On a toujours voulu travailler des deux côtés, relier la Genève ancrée localement et la Genève internationale, raconte Félix. Ces deux aspects sont très complémentaires et peuvent être associés intelligemment, et c’est justement ce qu’on essaie de faire.»
Avec l’aide de son équipe, le jeune chef d’entreprise fait le lien entre des projets locaux en quête de financement et certains de ses contacts, ou entre des étudiants à la recherche de stages avec des start-up. L’ancrage global, lui, se fait au travers d’autres Impact Hub dans le monde.
L’entreprise connecte les ressources phares genevoises avec le besoin international. Impact Hub Genève a donc développé des programmes d’incubation, nommés «Pulse», porteurs de projets régionaux qu’ils implantent actuellement au niveau des start-up d’Impact Hub en Afrique. Pour cela, Félix et ses collaborateurs démarchent afin d’obtenir un soutien financier d’organisations telles que l’ONU à Genève.
Bientôt une entreprise sociale en Tanzanie?
Aujourd’hui, le Zurichois peut se targuer d’avoir une vie tout sauf monotone et vit pleinement de son projet. Comment se voit-il dans dix ans? «A Genève, après plusieurs années à l’étranger, sûrement en Amérique latine, une région que j’affectionne particulièrement. Maintenant que j’ai réussi à réaliser mon premier rêve en implantant Impact Hub au bout du lac, j’aimerais vraiment monter une entreprise sociale en Tanzanie.».
Si ce projet appartient encore à la fiction, il n’en revient pas quand il se remémore cette année à la tête d’Impact Hub. Jamais il n’aurait cru pouvoir faire autant en si peu de temps, en particulier toutes les relations qu’il a pu construire avec la Genève internationale. «J’ai toujours pensé qu’il fallait vraiment les attaquer de tous les côtés pour qu’ils nous entendent, mais au final, ce sont plutôt ces organisations qui sont venues d’elles-mêmes.»
Entrepreneur dans l’âme
Cette année d’expérience lui a permis de se rassurer et de réaliser que ce qui compte vraiment, c’est de savoir s’entourer des bonnes personnes afin de concrétiser les projets qui nous tiennent à cœur. «Toutes ces rencontres, ces rapports humains, c’est la meilleure chose qui soit arrivée à Impact Hub. Chaque jour, tu es entouré de personnes qui veulent faire bouger le monde. Ces gens sont très courageux, car, si c’est admirable de vouloir monter une start-up, c’est absolument époustouflant de vouloir en plus contribuer de façon positive au développement de notre environnement».
Cet entrepreneur dans l’âme conclut en suggérant que, si gagner de l’argent est important, il y a bien plus à faire et bien d’autres objectifs, plus profonds, à atteindre avec l’entreprenariat: mettre l’humain et le monde qui l’entoure au centre de ses préoccupations.
Profil
2008: Promotion à l’institut de hautes études internationales et du développement (IHEID)
2009: Correspondant pour The Yomiuri Shimbun (JPN Newspaper)
2011: Employé chez Thomas Reuters durant deux années
2015: Création d’Impact Hub Genève dont il est cofondateur