«Le public féminin reste le moins formé», lance une auditrice dans la salle, à l'issue de la récente présentation d'une enquête portant sur les attentes des femmes qui suivent une formation continue. Pourtant, de plus en plus de femmes s'engagent à fréquenter des cours. A l'Institut de formation pour adultes de Genève (IFAGE), où l'étude a été présentée au public, elles représentent près de 62% des élèves.

Réalisée entre l'automne 2007 et le printemps 2008, cette enquête de terrain pose toute une série de questions. Par exemple: quel type de reconnaissance attendent les femmes en formation continue? Ou encore: cette dernière leur offre-t-elle une meilleure considération dans la société? Pour cette étude, dirigée par Edmée Ollagnier, chercheuse et maître d'enseignement en formation des adultes à l'Université de Genève, 150 questionnaires ont été distribués à un groupe de femmes étudiant à l'IFAGE.

L'échantillon couvre les secteurs de l'administration, des banques, du commerce, de la comptabilité et de la bureautique. «Malheureusement, pour des questions de budget, les secteurs de l'industrie, du bâtiment et des arts appliqués n'ont pas été intégrés», relève Bluette Meister, coauteure de l'enquête.

L'hypothèse de départ stipule d'une part que l'engagement en formation diffère selon le sexe de la personne; et d'autre part que les femmes recherchent une légitimité à plusieurs niveaux: la famille et les proches, l'environnement social, l'espace de travail et les instances officielles. Les deux chercheuses se sont notamment inspirées du philosophe et sociologue allemand Axel Honneth. Ce dernier modélise la reconnaissance selon trois domaines: affectif, juridique et enfin social.

Sur la base des 93 réponses reçues, trois profils ont été définis: celui de la femme en emploi, celui de la chômeuse et celui de la femme au foyer. Cinq participantes ont également été interviewées de manière plus détaillée pour compléter l'analyse.

Dans ses conclusions, l'étude constate que les femmes s'engagent différemment en formation que les hommes. Elles puisent leurs motivations ailleurs que dans un contexte strictement professionnel. Elles privilégient la reconnaissance affective et sociale, avant la reconnaissance professionnelle. «Les statistiques montrent que les hommes choisissent plus souvent des formations avec certificat que les femmes», constate Edmée Ollagnier. De plus, les femmes sans emploi - au chômage ou au foyer - semblent avoir de plus grandes espérances de légitimité que celles qui sont intégrées à la vie active. Elles recherchent une visibilité dans leur environnement social pour aller au-delà d'une simple reconnaissance liée à leur rôle au sein de la famille, souvent peu considéré.

Les résultats de cette enquête soulèvent quelques interrogations chez les formateurs. En préparant leurs cours, doivent-ils tenir compte des attentes de reconnaissance des femmes? Face à un public mixte, les enseignants ont une responsabilité. Celle de faciliter l'accès à leurs cours et de se poser la question de l'emploi du temps de celles qui jonglent entre vie privée et vie professionnelle.