C’est dur d’être une femme en affaire au XXIème siècle, et ce malgré notre éducation par des mères féministes, malgré nos carrières réussies, malgré les lois votées pour l’égalité des sexes, malgré l’égalité des salaires… mais rassurez-vous, pas juste en affaires. Il est tout aussi difficile d’être femme, en 2011.

Combien de fois avons-nous entendu dans nos carrières, ou même dans nos vies de femmes, que nous faisons peur aux hommes? Ô combien de fois avons-nous entendu qu’un homme ne trouve plus sa place à nos côtés! «Comment pouvons-nous encore vous être utiles! Vous savez tout faire, vous gérez tout!» Il est franchement dur d’assumer ce rôle de «Super Women» du XXIème siècle.

La réalité est bien celle-là: nous sommes indépendantes financièrement et dans nos choix de carrière, nous gérons conjointement carrière et famille, nous menons nos vies avec enthousiasme, courage, résilience et endurance. Ne sommes-nous pas épatantes de tout savoir gérer, sans nous plaindre? Et pourquoi d’après vous? Mais tout simplement parce que c’est normal, c’est ce qu’on attend de nous!

Mais imaginez la pression que nous subissons tous les jours. Pensez aux attentes de nos managers, nos collègues, nos enfants, nos maris, nos amants et même parfois cette image sociale que nous projetons. Nous n’avons pas le droit de faillir, que ce soit au travail, que ce soit comme mère ou que ce soit comme femme.

Un raté ou un faux pas dans la carrière serait la brèche idéale dans laquelle s’engouffreraient les éternels ennemis de la femme de carrière.

Ne pas être une maman parfaite? Mais quelle idée! Ne sommes-nous pas les piliers de la famille? Le fameux chêne de la famille. La culpabilité est souvent importante pour les mères qui font carrière, on nous le fait sentir tout au long de nos parcours: «comment pouvez-vous privilégier votre carrière au bonheur de vos enfants?» Personne ne semble s’être posé la question de savoir pourquoi un homme ne culpabiliserait pas, lui aussi, de privilégier son épanouissement professionnel et intellectuel.

Et pour finir, le coup de grâce est asséné pour notre couple ou notre vie sexuelle. Le XXIème siècle est définitivement l’ère la plus «challenging» pour nous, les femmes. Ce ne sont pas uniquement les femmes sublimes des magazines de papier glacé ou des affiches XXL qui nous narguent du haut de leur beauté plastique parfaite, mais aussi la nouvelle génération des adolescentes et Teen Stars qui virevoltent autour de nous avec leurs peaux de moins de 20 ans, leurs reins sexy apparents dans des jeans qui moulent leurs corps de jeunes déesses. Nous avons de nouvelles concurrentes, Mesdames! Même au lit, nous devons être parfaites.

En bref, notre journée n’est qu’un cumul de pressions, d’attentes à remplir, d’objectifs ambitieux que nous nous fixons pour toujours être à la hauteur, pour concurrencer les hommes qui n’ont souvent que leurs carrières à gérer. Nous sommes contraintes de toujours être les meilleures pour éviter d’être sacrifiées sur l’autel de nos carrières.

L’autre jour, l’une de mes candidates DRH Europe avec plus de 20 ans d’expérience internationale m’a confié, en fin d’entretien: «Vous savez, parfois j’aimerais bien être un homme, ce serait tellement plus simple. Je ne devrais pas tous les jours justifier ma place de cadre exécutif en étant constamment au top, je n’aurais pas à jongler avec les courses, les horaires de mes enfants, leurs devoirs et leurs activités parascolaires, leurs rendez-vous de médecins, sans parler du dîner que mon conjoint décide encore d’organiser après une grosse journée de travail mais que je dois évidemment préparer car lui rentrera tard… Je me bats tous les jours, sur tous les fronts, au travail, en couple, en tant que mère, j’y arrive mais je suis épuisée! Je vous le dis à vous, comme femme, mais ne pourrais jamais confier cela à mes collègues ou à mon chef, ce serait ma fin!»

Nous, les femmes d’affaires, nous sommes souvent perçues comme des femmes fortes, comme des chênes. Mais finalement ne sommes-nous pas des roseaux dont la qualité première est la flexibilité? N’est-ce pas finalement parce que nous sommes à l’aise avec nos forces comme avec nos faiblesses que nous pouvons nous métamorphoser dans tous ces rôles de cadre, manager, mère, épouse, amante et amie? Je me répète, mais c’est la clé: plus nous, les femmes, saurons montrer nos fragilités, nos hésitations, nos doutes et nos peurs, plus nous serons fortes.

Pour beaucoup d’entre nous, il nous a fallu un divorce et des années de frustrations pour réaliser que nos carrières ont toujours dérangé nos conjoints. Il est souvent difficile de vivre une relation équilibrée et harmonieuse quand la femme réussit sa vie professionnelle. Il faut un homme très fort à ses côtés, un homme qui a ses propres aspirations ou ses propres passions, un homme qui n’a pas besoin d’être continuellement «coaché» et admiré par sa femme. Mais ces hommes autour de nous et dans nos vies, qui sont-ils? Surtout ceux qui finalement tiennent le coup sur la durée avec des femmes comme nous? C’est une question que nous adorons débattre entre nous femmes, lors de nos fameuses soirées «girls». Bien que chacune ait un cadre de vie bien différent, des hommes avec des personnalités et des carrières variés, nous avons toutes toujours le même problème. Ne pensez-vous pas d’ailleurs que le jour où les hommes auront aussi le droit de montrer leur fragilité, nous aurons enfin chacun notre place dans cet équilibre fragile du «Gender Diversity»?

L’homme est éduqué et formaté comme un chêne. Notre société moderne leur demande d’être toujours forts et sûrs d’eux. Pour compenser, ils ont souvent besoin d’une femme à leur écoute, d’un roseau qui les rassure dans leur rôle et dans leur statut de «bread winner».

Certes, les femmes occupent aujourd’hui presque tous les secteurs dits masculins, mais à quel prix? La solitude de la femme au pouvoir est souvent pire que la solitude du patron en haut de sa pyramide car lui, quand il rentre, une épouse admirative l’attend. Tandis que nous, les femmes, c’est un autre poste à 100% qui nous attend, une petite entreprise familiale.

Rappelez-vous la Fable de la Fontaine, surtout la fin quand le roseau dit au chêne: «Je plie, et ne romps pas». C’est une morale rare et insolite. Le chêne, puissant et imposant protecteur égocentrique (l’homme), se voit déraciné par le vent, sans avoir plié pour autant. De son côté, le roseau (la femme) est resté debout, mais avec habileté, en courbant la tête. «La loi du plus fort n’est pas toujours la meilleure» pourrait être la morale de cette fable. Peut-être que le sexe faible est désormais, enfin, le sexe fort!