Prévoyance

Les femmes à revenu modeste, gagnantes de la réforme des retraites

Un supplément de 70 francs versé sur toutes les nouvelles rentes permettra à près de la moitié des femmes de continuer de prendre leur retraite à 64 ans sans baisse de leur rente AVS

La complexe réforme de la prévoyance vieillesse 2020, soumise au peuple le 24 septembre 2017, concerne tout particulièrement les femmes. L’effet le plus visible et qui marque les esprits est sans aucun doute l’élévation de l’âge de la retraite, appelé à être nommé l’«âge de référence», qui passera de 64 à 65 ans à partir du premier janvier 2018.

L’augmentation de l’âge de départ à la retraite sera progressive, soit trois mois de plus par année à partir de 2018, jusqu’en 2021. Toutes les femmes nées en 1954 et après sont ainsi concernées. Au total, cette mesure permettra de décharger les comptes de l’AVS de quelque 1,22 milliard de francs. Toutefois cette mesure fait grincer des dents, car l’égalité est loin d’être acquise sur le plan salarial. «Pour combler l’actuelle inégalité salariale – les femmes gagnent en moyenne 18,1% de moins que les hommes, – l’âge de la retraite des femmes devrait être fixé à 57 ans», s’indigne le Comité des femmes, qui réunit notamment des syndicalistes et la Marche mondiale des femmes.

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70 francs de plus par mois pour l’AVS

Au-delà de ce changement d’âge, les nouveaux bénéficiaires de l’AVS – quel que soit leur sexe – recevront 70 francs de plus par mois dès 2019. Ainsi, selon l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), près de la moitié des femmes pourront ainsi continuer de prendre une retraite à 64 ans sans subir de baisse de rente AVS par rapport à celle qu’elles perçoivent aujourd’hui. «Les femmes seront les principales bénéficiaires de ces changements car près d’un quart de celles qui exercent une activité lucrative, soit 500 000 femmes, sont uniquement assurées dans l’AVS», écrit l’OFAS.

Chaque assuré, homme et femme, pourra choisir librement le moment de sa retraite entre 62 et 70 ans (aujourd’hui entre 63 et 70 ans), l’âge de référence étant fixé à 65 ans pour les deux sexes. Avec la réforme, il sera possible de partir un peu plus tôt à la retraite avec moins de pénalité. Ainsi, par exemple, une retraite à 64 ans se traduira par un taux de réduction des rentes AVS de 4,1% avec la réforme, contre 6,8% actuellement. Une retraite anticipée à 63 ans, se traduira en taux de réduction de 7,9% des rentes AVS, contre 13,6% aujourd’hui.

Amélioration de la prévoyance professionnelle

Pour en revenir aux femmes, le relèvement de l’âge de référence à 65 ans améliorera, selon l’OFAS, leur rente vieillesse en matière de prévoyance professionnelle, à savoir le deuxième pilier. La salariée et son employeur cotiseront au deuxième pilier pendant une année supplémentaire et le capital vieillesse portera intérêt pendant une année de plus. Il en découlera un capital de vieillesse plus élevé. L’amélioration sera de 4 à 5% pour la partie obligatoire de la prévoyance professionnelle.

Il faut avoir un revenu minimal de 21 150 francs pour être assuré dans la prévoyance professionnelle. Lorsque ce seuil est atteint, le revenu annuel maximal obligatoirement assuré correspond au revenu annuel – au maximum 84 600 francs – moins la déduction de coordination de 24 675 francs. Avec la réforme, cette déduction de coordination sera abaissée et échelonnée en fonction du revenu. En outre, le revenu minimal assuré sera porté à 7050 francs.

Cette mesure améliorera la prévoyance professionnelle des salaires compris entre 21 150 et 52 875 francs. C’est la tranche de salaires dans laquelle les femmes et les personnes qui travaillent à temps partiel sont surreprésentées (plus de deux tiers des femmes). Selon l’OFAS, 55% des femmes actives et 70% environ des personnes travaillant à temps partiel ont un salaire annuel inférieur à 55 000 francs.

Soutien de Suisseculture

Ainsi, par exemple, Suisseculture, l’organisation faîtière des associations de créateurs artistiques et des professionnels des médias et des sociétés de droits d’auteur de Suisse, est d’avis que cette révision apportera des améliorations considérables aux artistes.

«L’augmentation du salaire assuré dans la prévoyance professionnelle améliorera sensiblement la situation des femmes. Cette mesure permettra non seulement de compenser la diminution du taux de conversion mais également d’augmenter le montant de la rente versée à la retraite», estime, pour sa part, Yves-Marie Hostettler, représentant Suisse romande de l’Association suisse des institutions de prévoyance ASIP.

Flexibilisation accrue

Qu’en est-il des femmes dont le salaire dépasse 52 875 francs? «L’augmentation de l’avoir de vieillesse accumulée est moins marquée et, compte tenu de la baisse du taux de conversion de 6,8% à 6%, elle ne générera pas une rente plus importante. Pour les salaires annuels supérieurs à 64 800 francs, la rente LPP minimale sera même légèrement inférieure, qu’il s’agisse d’une femme ou d’un homme, précise Yves-Marie Hostettler. Toutefois, ces personnes bénéficieront également du supplément AVS de 70 francs de sorte qu’au final, le montant global des prestations touchées ne diminuera pas par rapport à aujourd’hui.»

Ainsi, toujours selon Yves-Marie Hostettler, les femmes ne seront donc pas perdantes mais gagnantes car, à prestations égales, voire améliorées, «elles bénéficieront d’une prévoyance vieillesse financièrement équilibrée et plus flexible. En outre, la flexibilisation accrue prévue par la réforme, permettra de mieux aménager un départ progressif à la retraite, voire de prolonger leur activité, ce qui améliorera encore davantage les prestations touchées.»

Quant aux femmes qui auront accumulé un avoir de prévoyance mais qui ne sont plus actives au moment de la retraite, elles pourront solliciter le versement d’une rente de retraite auprès de l’Institution supplétive, alors que sans la réforme elles pourraient percevoir uniquement une prestation en capital.

Dossier
La bataille des retraites

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