«Les prix européens des denrées agricoles de base et des fourrages sont désormais au même niveau que les prix suisses. C'est l'aspect positif du risque annoncé de pénurie alimentaire.» Eugen Brühlmeier, membre de la direction de Fenaco, estime que l'industrie agroalimentaire, et une partie de la paysannerie suisse, tiendra donc le choc de la libéralisation des échanges agricoles prévue avec l'Union européenne (UE).

Le groupe, qui a annoncé ses résultats 2007 mardi, comprend 50000 coopérateurs-agriculteurs sur les 65000 paysans suisses. Il se prépare activement à la réduction des barrières douanières. A commencer par le secteur des aliments fourragés qui sera ouvert dès le 1er juillet 2009.

Perte de Carrefour

«Depuis des années, le but avoué de Fenaco est d'être compétitif par rapport au marché européen», note Eugen Brühlmeier. Des restructurations sont en cours pour améliorer la rentabilité de certains secteurs. L'embouteillage de boissons pour des tiers a été abandonné. Les activités de boucherie de Fenaco, au troisième rang des parts de marché suisse derrière Migros et Coop, ont été progressivement réduites après la perte du gros client Carrefour, racheté par Coop qui possède les boucheries Bell. Dans le domaine des aliments pour le bétail, Fenaco est pénalisée par de lourds investissements à amortir. «Nous serons en compétition avec des industriels européens qui ont touché des subventions pour leurs installations construites sur du terrain bon marché», constate Willy Gehriger, patron du groupe.

L'augmentation des réserves financières, avec une provision de 689 millions de francs au bilan, sera notamment utilisée pour amortir les équipements et rendre l'entreprise compétitive face à ses futurs concurrents européens.

«Les agriculteurs présents sur le marché de la viande vont souffrir de l'ouverture des marchés», estime Willy Gehriger, en citant des différences de prix à l'abattage variant du simple au double entre l'UE et la Suisse. Fenaco, qui prévoit de passer le cap des 5 milliards de francs de chiffre d'affaires cette année, pourra, elle, s'adapter en jouant sur la diversité de ses secteurs d'activité.

Si les revenus des agriculteurs, clients de Fenaco, diminuent, cela entraînera de facto une baisse des revenus du groupe. Une extension dans le secteur laitier est cependant exclue à moyen terme. «Nous avons reçu des propositions, mais c'est un autre monde qui a ses propres règles», souligne Willy Gehriger.