La victoire de Donald Trump a fait du dollar la monnaie préférée de bon nombre de traders et d’investisseurs depuis novembre passé. Ces derniers partent du principe que les baisses d’impôts et les investissements dans les infrastructures annoncées par le prochain locataire de la Maison-Blanche doperont l’inflation et feront ainsi remonter les taux d’intérêt. Le Chief Investment Office (CIO) d’UBS ne partage pas cet avis.

Tout d’abord, les partisans d’une hausse du dollar suivent un raisonnement logique. Les responsables de la politique monétaire de la Réserve fédérale prévoient désormais en moyenne trois hausses des taux en 2017, contre deux précédemment.

Lors de la conférence de presse de décembre Janet Yellen, présidente de la Fed, a clairement indiqué que cela s’expliquait en partie par la probabilité accrue d’un assouplissement budgétaire sous l’administration Trump.

Cette accélération du resserrement devrait contribuer à un raffermissement du billet vert. Toutefois, la Réserve fédérale ne devrait, selon le CIO d’UBS, relever ses taux que très progressivement. Si, comme escompté, l’institut monétaire n’augmente les taux directeurs que deux fois en 2017, les taux d’intérêt réels pourraient même s’enfoncer davantage en territoire négatif.

Ensuite, le creusement des déficits budgétaires par l’administration Trump pourrait léser le dollar, dès lors que les dépenses fiscales seront devenues réalité. Aussi, la banque centrale américaine fera tout pour éviter une réédition de 2015, où l’envolée du dollar avait affecté le secteur manufacturier des Etats-Unis. Et l’une des promesses les plus populaires de Donald Trump avait précisément été son intention d’encourager la production américaine, une promesse difficile à tenir si le dollar devait trop s’apprécier.

De son côté, l’euro devrait recevoir un coup de pouce à mesure que l’inflation se rapprochera de l’objectif de la Banque centrale européenne et que le «tapering» reviendra à l’ordre du jour dans le courant de l’année.

Dans la zone euro, l’inflation des prix à la consommation a dépassé 1% en décembre pour la première fois depuis trois ans. Il va de soi que plusieurs menaces planent sur l’euro. Une victoire des partis populistes lors des prochaines élections en France et en Allemagne pourrait même mettre en péril la survie de la monnaie unique.

Un raffermissement de l’euro serait une bonne nouvelle pour la Suisse, car il réduirait la pression haussière exercée sur le franc, qui pénalise son économie.

Enfin, il est dangereux de faire une confiance aveugle au consensus: les revirements de tendance des monnaies s’accompagnent souvent d’une phase de volatilité. Les positions de change doivent être adoptées sciemment et non en raison d’une préférence pour une région pour ou un actif donné.