Un «assentamento» est un terrain agricole exploité par des paysans sans terre ni travail. Evidemment, c'est illégal. Pour les déloger, les propriétaires ont souvent recours à de terribles violences. Sinon, ce sont de longues batailles juridiques qui s'engagent entre le tenant du titre foncier et le Mouvement des sans-terre, qui défend les droits de milliers de familles démunies. Au Brésil, un pour cent de grands propriétaires possède 50% des terres cultivables, alors que 4,5 millions de familles paysannes n'ont rien.

L'assentamento Charqueanadas, à une heure de route de Porto Alegre, est occupé par un groupe de paysans depuis plusieurs années. C'est là que Fernand Cuche, conseiller national vert et porte-parole du syndicat agricole Uniterre, a participé dimanche à une manifestation contre les OGM (organismes génétiquement modifiés). «Nous y avons réaffirmé notre opposition à la commercialisation des plantes transgéniques», explique-t-il. Une telle manifestation ne passe pas inaperçue dans un pays qui est un exportateur majeur de produits agricoles et qui pratique la culture OGM à grande échelle. Le militant ajoute: «Nous avons dit à nos collègues brésiliens qu'ils auraient un marché chez nous en Europe et en Suisse s'ils renonçaient aux OGM et s'ils intégraient la notion de durabilité dans l'agriculture.»

Le député romand, qui fait sa première immersion au Forum social mondial (FSM), est enchanté. «Je quitterai Porto Alegre en me disant qu'on peut sortir de l'impasse économique actuelle, parce qu'il existe un mouvement social extrêmement puissant», dit-il assis à l'ombre d'un manguier géant dans la cour de l'université catholique, l'un des trois hauts lieux du forum. Pour Fernand Cuche, la société civile se trouve aujourd'hui en position de force pour imposer le dialogue avec Davos.

C'est le dossier agricole qui a le plus mobilisé le dirigeant d'Uniterre à Porto Alegre, capitale de l'Etat agricole de Rio del Sul. En effet, cette année, le FSM coïncide avec l'assemblée générale annuelle de la Via Campesina, une alliance mondiale d'organisations paysannes dont Fernand Cuche est l'un des fondateurs. «Nous refusons le modèle basé sur le libre-échange et qui force les paysans à s'aligner sur les grands exploitants pour produire aux moindres coûts», explique-t-il. Ce système, selon lui, annonce l'expulsion de milliers de petits paysans. Il donne aussi les moyens à quelques grandes régions pour qu'elles dominent toutes les filières, des semences à la transformation et à la vente des produits finis. Tout aussi grave, il ouvre la voie aux dérives sur le plan de la sécurité alimentaire, telles qu'on en a connu avec la crise de la vache folle.

A Porto Alegre, certains des membres de la Via Campesina ont évoqué une mobilisation pour faire sortir le dossier agricole des négociations en cours à l'Organisation mondiale du commerce. Cette même question a également fait l'objet de débats dans plusieurs ateliers du FSM. «J'y suis opposé, déclare Fernand Cuche sans aucune ambiguïté. Je suis par contre favorable à placer l'OMC sous le contrôle de l'ONU, au même titre que l'OMS et l'OIT. L'OMC n'a pas la volonté de donner le même traitement et la même priorité aux questions environnementales, sociales et économiques.»

Relance des négociations de Doha

Dans l'immédiat, les paysans suisses et européens se donnent rendez-vous devant l'OMC en mars, au moment où les négociations agricoles liées au cycle de Doha devraient démarrer.

Le politicien suisse a apprécié la personnalité de Luiz Inacio Lula da Silva, le nouveau président brésilien. Il avait pris place vendredi dernier dans l'Anfiteatro do Por-do-Sol, gigantesque esplanade, où le chef d'Etat est venu expliquer son voyage contesté à Davos devant 80 000 personnes. «Je suis impressionné par son courage. Cette forme de démocratie directe est impossible en Suisse. Pouvez-vous imaginer un conseiller fédéral affronter une telle foule?» demande Fernand Cuche.

Ce dernier n'est toutefois pas d'accord sur toute la politique du nouveau gouvernement. «Le Brésil, où tout le monde ne mange pas à sa faim, ne doit pas tenter d'exporter ses produits agricoles à tout prix. L'agriculture devrait pouvoir nourrir la population proche en priorité et chaque pays devrait satisfaire localement l'essentiel de ses besoins», analyse-t-il.