Nucléaire

A Fessenheim, le nucléaire vitrifie les promesses de François Hollande

La décision d’arrêter la centrale nucléaire proche de la Suisse a de nouveau été repoussée mercredi. Le principe est acté, avec indemnisation à la clef. Mais la fermeture des réacteurs attendra

Les opposants helvétiques à la centrale nucléaire de Fessenheim devront encore attendre. Appelé à prendre position mercredi sur la fermeture des deux réacteurs de la plus ancienne centrale de France, exploitée depuis 1978, le conseil d’administration du groupe public Electricité de France a de nouveau différé sa décision.

Les administrateurs d’EDF ont accepté le principe d’un pacte d’indemnisation au terme duquel l’Etat devra verser à l’entreprise 490 millions d’euros de compensation d’ici à 2021, pour compenser les pertes de recette de cette unité dont l’exploitation est assurée en coopération avec l’allemand ENbW (17,5%) et le consortium suisse Alpiq, Axpo et BKW (15%). Ils n’ont en revanche pas demandé officiellement au gouvernement de prendre le décret imposant sa fermeture.

La promesse de Hollande

L’affaire Fessenheim, du nom de la localité frontalière alsacienne où se trouve la centrale, construite au bord du Rhin, est l’un des feuilletons douloureux du quinquennat de François Hollande. L’actuel président avait en effet souscrit à la promesse de fermeture «immédiate» du site lors de sa campagne électorale de 2012, cédant aux demandes de ses alliés écologistes. La décision n’ayant pas été prise, et de préoccupantes fuites d’eau dans la centrale ayant été constatées en 2014, les manifestations anti-Fessenheim se sont poursuivies, et la conseillère Fédérale Doris Leuthard a, depuis cinq ans, plusieurs fois évoqué le dossier avec son homologue Ségolène Royal. Un bras de fer s’est ensuivi entre les Verts, EDF et le gouvernement autour de deux questions: la sécurité de la centrale validée de nouveau en 2013 par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française, et le coût de son éventuelle fermeture. Electricité de France a d’abord réclamé deux milliards d’euros de dédommagements – incluant le coût de démantèlement – alors que l’Etat a avancé en 2016 le chiffre de… 100 millions. Selon les experts, les 490 millions d’euros désormais approuvés sont bien en deçà de la perte financière du groupe d’Electricité. Lequel devra aussi compenser ses partenaires suisses et allemands.

Le feuilleton Fessenheim est en outre indissociable de la crise de la filière nucléaire française, et des batailles politiques en pleine campagne présidentielle. L’arrêt de cette centrale est en effet supposé être compensé par la mise en service du site nucléaire EPR de Flamanville (Manche), retardé à plusieurs reprises. Or initialement prévu pour démarrer en 2012, les réacteurs EPR ne démarreront au mieux qu’en 2018, entraînant un surcoût de 500 millions d’euros pour chaque année de retard.

Lire aussi: Fessenheim, l’abcès nucléaire franco-suisse

Côté politique, la perte d’influence des écologistes et le délitement de la majorité socialiste sortante ont amené François Hollande, qui ne se représente pas pour un second mandat, à temporiser. Le président Français affirme vouloir tenir sa promesse de fermeture, mais il a un bon argument pour ne pas se presser d’ici à la fin de son mandat en mai. Deux des favoris de la présidentielle, François Fillon (droite) et Marine Le Pen (Front national) se sont déjà engagés à prolonger l’activité de cette centrale si controversée.

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