ÉNERGIE

Feu vert du gouvernement britannique pour une nouvelle centrale nucléaire

La première ministre britannique Theresa May approuve la construction de deux réacteurs nucléaires à Hinkley point par le groupe français EDF, malgré ses réticences sur la présence de la Chine dans l’investissement

En principe, la dernière étape est désormais franchie: une nouvelle centrale nucléaire va être construite au Royaume-Uni, la première depuis des décennies. Après un ultime rebondissement, le gouvernement britannique a accordé jeudi son feu vert au projet de deux réacteurs nucléaires à Hinkley Point, dans l’ouest de l’Angleterre. «Nous avons décidé d’accorder l’autorisation à la première centrale nucléaire depuis une génération», affirme Greg Clark, le ministre de l’énergie.

La centrale est un chantier pharaonique. Construite par l’électricien français EDF, elle doit coûter 18 milliards de livres (23 milliards de francs), faire travailler 26 000 personnes pendant la construction, et produire 7% de l’électricité du pays.

Retards et dérapages budgétaires

Mais le projet multiplie depuis des années les retards et les dérapages budgétaires. Les autres centrales de même technologie, dite EPR, ont toutes accumulé les difficultés et aucune n’est actuellement en service. Le conseil d’administration d’EDF lui-même s’est déchiré sur le sujet. Thomas Piquemal, son directeur financier, a démissionné en mars dernier en signe de protestation, estimant que les finances du groupe français étaient trop précaires.

Pour tenter de boucler le budget, EDF a fait appel à China General Nuclear Power Generation (CGN), une entreprise avec laquelle elle travaille en Chine. Celle-ci a accepté de financer le tiers du projet. En échange, elle a reçu un accord de principe pour construire à terme une centrale de sa propre technologie, sur le terrain de Bradwell (est de l’Angleterre). Pour la Chine, c’est un immense pas en avant: l’introduction de sa technologie en Occident, la faisant entrer dans le cercle étroit des exportateurs de centrales nucléaires.

Crainte des Chinois

Pourtant, ce montage a failli s’écrouler quand Theresa May est devenue première ministre en juillet. Elle a surpris tout le monde en suspendant son approbation au projet. Sa préoccupation: la présence des Chinois. Elle s’inquiète des risques pour la sécurité nationale de voir ce pays, pas nécessairement un allié, dans un secteur aussi stratégique.

Lire aussi: EDF et le Royaume-Uni ouvrent les portes du nucléaire civil à la Chine

Nick Timothy, un de ses plus proches conseillers, avait d’ailleurs publié un article en octobre 2015, bien avant que Theresa May n’arrive à Downing Street, intitulé: «le gouvernement vend notre sécurité nationale à la Chine.» Il y détaillait sa crainte que les Chinois ne prennent le contrôle du système informatique du réseau électrique britannique, pouvant potentiellement «arrêter la production d’énergie quand ils le veulent».

Cette attitude réticente de la première ministre britannique lui a valu l’agacement du président chinois, Xi Jinping, qui demandait lors du G20 début septembre «la confiance politique mutuelle» (sans toutefois explicitement se référer à Hinkley Point).

Droit de veto

Sous pression, le gouvernement britannique a finalement décidé d’accorder son feu vert. Mais il l’a assorti d’une condition: il aura un droit de veto si EDF ou CGN choisissent de céder leur participation dans Hinkley Point. Ce droit de regard va à l’avenir s’étendre aussi à toutes les «infrastructures sensibles, y compris l’énergie nucléaire». La future centrale chinoise est donc concernée. Pour le Royaume-Uni, qui a longtemps été l’un des pays les plus ouverts au monde aux investissements étrangers, il s’agit d’un changement d’attitude notoire.

Reste désormais à EDF et à CGN à annoncer officiellement leur décision d’investissement. Mais avec les feux verts du gouvernement britannique et du conseil d’administration d’EDF, le plus dur a en principe été fait.

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