La Commission européenne a donné mardi son feu vert définitif pour le sauvetage de la banque italienne Monte dei Paschi di Siena, qui est prise dans la tourmente de mauvaises créances et est menacée de faillite. Plus concrètement, Bruxelles a autorisé le gouvernement italien à procéder à une recapitalisation préventive de la banque à hauteur de 5,4 milliards d’euros. Cette injection de capital contribuera à assurer la viabilité de ses actifs et lui permettra de faire face à ses besoins financiers.

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BMPS, la plus ancienne banque du monde et la quatrième plus grande en Italie, est le troisième établissement à bénéficier d’une aide publique. La semaine passée, l’Etat italien avait déboursé 17 milliards d’euros pour liquider deux banques considérées comme insolvables dans la région vénitienne, Banca popolare di Vicenza et Veneto Banca. Leurs actifs ont été transférés à la banque Intesa Sanpaolo pour la somme symbolique d’un euro.

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Le jeu des populistes

«La liquidation des deux banques vénitiennes n’aura pas d’impact significatif dans le paysage bancaire italien, explique Julien de Saussure, analyste et gérant du fonds Edmond de Rothschild Signatures Financial Bonds, à Paris. En revanche, celle de BMPS serait une catastrophe financière et politiquement inacceptable en Italie.» Il rappelle qu’en 2015, la faillite de quatre banques avait donné lieu à beaucoup de colère et fait le jeu des populistes du Mouvement 5 étoiles.

Le sauvetage de BMPS concerne directement quelque 42 000 de ses clients dont les dépôts ont été convertis en obligations sans même que ces derniers soient mis au courant. Les créanciers dits de «rang inférieur» perdront tout de même 4,3 milliards d’euros dans l’opération.

Selon Julien de Saussure, les banques italiennes, tout comme les portugaises et les grecques, ont été victimes de la mauvaise conjoncture de ces dernières années. «Les petites et moyennes entreprises qui avaient emprunté ont fait faillite, poursuit-il. En revanche, en Espagne ou en Irlande, où la crise était liée à des prêts immobiliers, les banques se sont refait une santé lorsque la croissance est revenue.»

Dans le sillage de la crise de la dette

L’intervention de Bruxelles a été possible grâce à l’Union bancaire mise en place dans le sillage de la crise de la dette qui a ravagé de nombreux pays dès 2009. Chargée de la supervision bancaire et de la résolution des crises, la Banque centrale européenne (BCE) n’est toutefois pas intervenue directement pour sauver BMPS. Le plan de sauvetage a été mis en place par le gouvernement italien. Celui-ci ne pouvait toutefois pas y injecter de l’argent des contribuables sans l’autorisation de la Commissaire européenne chargée de la concurrence.

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Cette injection d’argent public signifie une nationalisation de facto de la BMPS. L’Etat italien en détiendra environ 70%, le reste étant aux mains d’investisseurs institutionnels. Le gouvernement a indiqué vouloir rester l’actionnaire majoritaire le moins longtemps possible. Avant d’en arriver à cette situation, les dirigeants de la banque avaient essayé l’an dernier de mobiliser des fonds privés internationaux. Sans résultat.

Naissance de champions nationaux

«En contrepartie de son feu vert, la Commission et le gouvernement italien ont imposé un plan de restructuration à BMPS, poursuit Julien de Saussure. Sur le plan industriel, cela passe par un programme d’économies et la fermeture d’un certain nombre d’agences bancaires.»

Le plan de sauvetage approuvé par la Commission prévoit l’assainissement des créances qui ne seront pas remboursées à hauteur de 26 milliards d’euros. Les titres seront placés dans une «Bad bank» et seront éventuellement revendus lorsqu’ils auraient recouvert leurs valeurs.

Pour Julien de Saussure, le feu vert donné par Bruxelles pour le sauvetage de BMPS ne résout pas tout. «Cette opération de sauvetage va inciter à la restructuration de nombreux petits établissements bancaires, à nettoyer leur bilan, à la concentration et à la naissance de champions nationaux, dit-il. En tout cas, la volonté politique d’assainir le système ne manque pas.»