C'est un nouvel espoir pour une catégorie de patientes atteintes du cancer du sein. Roche a obtenu le feu vert des autorités suisses pour commercialiser l'Herceptin. Ce médicament, disponible dès lundi, intervient dans le traitement des cancers du sein métastatiques, soit environ 30% des cas de la maladie. Ce qui représente 100 000 femmes touchées dans le monde chaque année, dont un millier en Suisse et 50 000 aux Etats-Unis.

«Nous entrons dans une nouvelle ère. C'est le premier médicament dont l'action est ciblée sur une anomalie génétique qui favorise le cancer», souligne Peter Herrmann, porte-parole de la compagnie bâloise. L'Herceptin sert à traiter la catégorie des patientes qui «surexpriment» une protéine appelée HER2. Le remède cible dans un premier temps les tumeurs qui produisent en trop grand nombre la protéine incriminée. Il bloque ensuite les récepteurs de HER2. L'Herceptin accroît les chances de survie des patientes tout en faisant preuve d'une «bonne efficacité et d'une bonne tolérance», affirme la firme. Pour Franco Cavalli, spécialiste du cancer interrogé par l'ATS, le produit, sans être révolutionnaire, apporte «une légère amélioration lorsqu'il est combiné avec une chimiothérapie». Selon Roche, les essais ont mis en évidence une augmentation de la survie globale attestée par une réduction de 24% du taux de mortalité par rapport aux femmes sous chimiothérapie seule et par une prolongation de 25% de la durée moyenne de survie, laquelle est passée de 20,3 à 25,4 mois.

La Suisse est le premier pays du continent à approuver la commercialisation de l'Herceptin. C'est la société américaine Genentech, dont Roche est l'actionnaire majoritaire, qui a développé ce produit. Le géant bâlois fonde de grands espoirs sur le numéro deux mondial des biotechnologies, une entreprise californienne pionnière dans laquelle elle a investi dès 1983. Genentech a commencé à vendre le médicament aux Etats-Unis dès l'automne dernier. Il a déjà généré un chiffre d'affaires de 117 millions de dollars. Roche prévoit des ventes de l'ordre de 300 millions de francs sur cinq ans pour ce remède, hors marché américain. Ce qui fait dire à Michel Thierrin, analyste de Bordier & Cie: «L'Herceptin n'aura pas un impact aussi fort sur les résultats de Roche que d'autres médicaments comme le Xenical contre l'obésité ou son futur produit contre la grippe qui attend une autorisation des autorités américaines.» Le bon Roche a gagné lundi 1,2% à la Bourse suisse sur un marché en hausse de 0,6%.

Hervé de Kergrohen, médecin et analyste auprès de Darier Hentsch & Cie, se montre plus optimiste. «Les traitements du cancer du sein n'ont pas encore réussi à augmenter le taux de guérison, contrairement à d'autres formes de cancer comme la leucémie. C'est un domaine où les médecins se retrouvent totalement démunis: chaque médicament est le bienvenu.» Notre interlocuteur prévoit des ventes supérieures à celles annoncées par la compagnie pharmaceutique. Cette dernière affirme continuer à travailler au développement de son produit. L'Herceptin pourrait être notamment administré à d'autres tumeurs solides, comme le cancer du poumon et le cancer colorectal.

La Suisse et les Etats-Unis ont donné leur approbation au médicament dans le cadre d'une demande d'enregistrement rapide (fast track) qui permet d'accélérer la procédure pour des traitements qui sauvent des vies. Les autorités doivent alors donner leur avis dans les six mois contre un an ou plus dans le cas d'une requête classique. L'Union européenne, devant laquelle Roche a déposé le dossier Herceptin le 4 février dernier, ne dispose pas encore d'un tel système d'homologation.

Pour Werner Huber, analyste auprès d'ATAG Asset Management cité par Bloomberg, le feu vert suisse prépare favorablement la route à une homologation en Europe qui pourrait intervenir avant la fin de l'année.