L'échec du projet de banque privée en ligne «y-o-u» de Vontobel (lire Le Temps du 28 février) a de nouvelles répercussions dévastatrices pour le groupe zurichois. Le conseil d'administration du groupe Vontobel a dû prendre en effet la décision de licencier, «avec effet immédiat», trois de ses dirigeants. Soit Hans-Peter Bachmann, chef du département corporate finance (financement d'entreprise) et vice-président du comité directeur de la Banque Vontobel, Jörg Fischer, délégué du conseil d'administration, et Walter Kaeser, qui n'est autre que le responsable des finances du groupe Vontobel. Mais ce n'est pas tout: les coûts de la liquidation du projet de banque Internet – stoppé il y a deux semaines – seront bien plus élevés que ce qui avait été annoncé à fin février. Aussi – événement rarissime – le groupe zurichois a dû revoir les comptes de l'exercice 2000, communiqués il y a près de deux mois. Ceux-ci sont grevés «préventivement» d'une charge provisionnelle supplémentaire de 100 millions de francs. Ce qui ramène le bénéfice du groupe à 241,6 millions de francs en 2000, soit au même niveau qu'en 1999 (243,3 millions). Les charges liées au projet «y-o-u» se montent ainsi à 251 millions de francs, un montant faramineux si on le compare aux investissements d'autres banques de gestion de fortune (50 millions de francs par exemple chez Julius Baer pour l'ensemble de ses activités Internet).

Ces charges extraordinaires ont en outre amené le conseil d'administration à réviser la proposition d'augmentation des dividendes publiée en janvier. La nouvelle proposition prévoit des dividendes inchangés par rapport à ceux de 1999. Des nouvelles qui ont aussitôt fait plonger le cours de l'action Vontobel hier en Bourse suisse. Où celle-ci a finalement perdu 16,5% à 2635 francs, interrompant une belle envolée de deux ans.

Ainsi que l'a expliqué Hans-Dieter Vontobel, le président du conseil d'administration, qui s'est déclaré à la fois choqué et déçu par cette affaire lors de la conférence de presse convoquée à la hâte jeudi matin à Zurich, les trois personnes licenciées «ont failli aux obligations de leurs fonctions dans le cadre du projet «y-o-u». «Monsieur Hans-Peter Bachmann n'a pas rempli ses obligations au sein du conseil d'administration de «y-o-u». Plus grave: «Une inspection menée dans le département corporate finance par les réviseurs de comptes a révélé des irrégularités relevant de l'abus de pouvoir – avec notamment des octrois de crédits supérieurs aux limites prescrites – et du non-respect des principes comptables.» Et comme «les réviseurs estimeront dans les prochaines semaines les conséquences financières possibles pour le groupe Vontobel», d'autres charges au titre de l'exercice 2001 ne peuvent être exclues, selon les analystes financiers. Quant à Jörg Fischer, délégué du conseil d'administration de Vontobel Holding, il lui est reproché de ne pas avoir fait face à ses obligations de contrôle dans le cadre du projet «y-o-u» et d'avoir négligé, en tant que président de la banque, son devoir de conduite et de surveillance. Il en va de même pour Walter Kaeser. Précisons que Jörg Fischer assume également la présidence de la Bourse suisse (lire également en page 2).

En revanche, Tony Reis sort sauf de l'aventure: le président du conseil d'administration de «y-o-u», et ancien patron de Swisscom, continuera en effet à diriger les travaux de liquidation de la banque en ligne. Sa démission n'a pas été acceptée par Vontobel, qui a estimé que l'échec du projet ne relevait pas de sa responsabilité. Sous-traité en grande partie, le projet «y-o-u» – qui devait propulser la Banque Vontobel dans un nouvel âge bancaire et lui ouvrir les portes d'une nouvelle clientèle – a été aussi obéré par les coûts importants facturés par les consultants de Pricewaterhouse, au nombre de 200 environ, ainsi que l'avait précisé Tony Reis.

Les décisions communiquées jeudi entraînent une série de remaniements au sein du conseil d'administration et du comité directeur de la banque. Hans-Dieter Vontobel reprend du service et réintègre la fonction de président du conseil d'administration. Le patron du groupe – et petit-fils du fondateur – fait d'ailleurs lui aussi son mea culpa: «Je me suis déjugé en faisant appel à Jörg Fischer pour lui confier la direction du groupe.» D'autre part, la fonction de responsable financier est désormais exercée par Urs Ernst, jusqu'ici chef du département brokerage. D'ailleurs le département corporate finance, dirigé jusqu'ci par Hans-Peter Bachmann, sera désormais rattaché au brokerage et le nouveau chef de ce département est Beat Nägeli. La banque zurichoise a informé la Commission fédérale des banques de ces changements mercredi soir. S'agissant de la restructuration de l'actionnariat, l'introduction de l'action unitaire aura lieu comme prévu, mais le placement dans le public d'une part supplémentaire de 13,5% du capital issu du paquet familial n'aura lieu que «lorsque la situation sera devenue plus claire».