Tous les signaux sont au vert pour Fiat Chrysler (FCA) et le groupe Peugeot (PSA). Les deux constructeurs automobiles ont annoncé avoir conclu «un accord de rapprochement engageant» mercredi. Un premier pas en vue de leur fusion pour créer le quatrième fabricant de voitures mondial. Une annonce saluée par le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire, comme étant «une très bonne nouvelle pour la France, pour l’Europe et pour notre industrie automobile».

En juin dernier, un premier projet de fusion entre égaux mené par Fiat Chrysler avec l’alliance Renault-Nissan avait échoué. Le groupe italien avait rejeté la faute sur les exigences du gouvernement français. Ce dernier souhaitait obtenir l’accord de Nissan, laissé à l’écart des négociations. Son objectif était alors de préserver l’alliance en pleine tourmente suite à l’incarcération de Carlos Ghosn au Japon.

Une question de timing

Cette fois donc, l’Etat français, actionnaire indirect de PSA à hauteur de 12,2% via la banque d’investissement BPIfrance, soutient le projet. «L’objectif du gouvernement n’était pas de faire capoter la fusion avec Renault mais ils ont trop tergiversé, ce qui a fini par lasser Fiat, précise Arnaud Aymé, spécialiste du secteur automobile chez Sia Partners. La gouvernance de Renault était aussi un peu plus compliquée. PSA a eu moins de difficultés à engager la discussion avec FCA. En soi, Fiat avait autant d’intérêt à fusionner avec Renault qu’avec PSA.» Après l’accord du conseil de surveillance de PSA mardi, actionnaires, présidence et direction sont sur la même ligne.

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Cet accord constitue donc un premier pas, mais la fusion ne devrait pas être achevée avant au moins un an. A l’issue du processus, le groupe devrait compter 400 000 salariés pour un chiffre d’affaires consolidé d’environ 170 milliards d’euros. Les deux constructeurs devront s’assurer de respecter les exigences des gouvernements italien et français, en particulier en termes de maintien des emplois. Dans leur communiqué publié mercredi, ils s’engageaient à ne fermer aucun site. Une autre exigence des pouvoirs publics français devrait trouver une réponse favorable: la création d’une filière industrielle de production de batteries électriques. Déjà présente lors du projet Renault-Fiat, elle fait partie des objectifs stratégiques de la Commission européenne. Mardi, PSA a donc également annoncé l’installation d’une usine de production de batteries, en partenariat avec une filiale de Total, dans la région des Hauts-de-France.

La fusion, un jeu d’équilibriste

Si ce projet doit aussi convaincre les différentes autorités de régulation de la concurrence, les questions de gouvernance ne devraient pas poser de problèmes. «Carlos Tavares sera le chef de l’ensemble. Il est auréolé du succès du redressement de PSA depuis cinq ans et du rachat de Vauxhall et Opel, qui est redevenu bénéficiaire», souligne Arnaud Aymé. Le conseil d’administration de la nouvelle entité, dont le siège social sera établi aux Pays-Bas, comportera onze membres, cinq nommés par FCA et cinq nommés par PSA. En tant que directeur général pour une période initiale de cinq ans, Carlos Tavares occupera la onzième place.

Le projet présenté cherche donc à éviter tous les écueils, y compris la présence d’un actionnaire chinois au capital de PSA. «Dongfeng, qui était actionnaire à la même hauteur que le gouvernement français et la famille Peugeot, va réduire sa part à 4,5% dans la nouvelle entité», note Christophe Laborde, analyste financier chez Bordier. Une manière de s’assurer que la forte implantation américaine de FCA, qui est un des attraits de la fusion pour PSA, ne se transforme pas en repoussoir.