Le bras de fer est bientôt fini à Zurich. Lundi après-midi, les Services industriels de la ville (EWZ) ont annoncé un accord avec Swisscom pour tester ensemble la création d’un réseau de fibre optique. Depuis des mois, EWZ et l’opérateur se livraient une course contre la montre: Swisscom accusait les Services industriels de lui bloquer l’accès aux immeubles qu’ils avaient déjà raccordés en fibre. L’accord dévoilé hier porte sur la construction conjointe du réseau ultrarapide dans des zones test de la ville. Un accord définitif pourrait intervenir d’ici à la fin de l’année.

Si les hostilités prennent fin à Zurich, elles débutent dans la Cité de Calvin. Fin mai, les Services industriels de Genève (SIG) obtenaient un feu vert pour investir 184 millions de francs sur quinze ans. «L’objectif est simple: raccorder l’ensemble des ménages du canton en fibre», affirme Pierre Maudet, conseiller administratif responsable du domaine public et des technologies de l’information. Et pourtant, la Ville de Genève a déjà discuté avec l’opérateur. «Swisscom est flou sur ses intentions, il est impossible de connaître précisément les conditions d’accès à son futur réseau et le modèle économique n’est pas clair», poursuit Pierre Maudet.

Le magistrat affirme être beau joueur avec Swisscom: «Je vois très bien où l’opérateur construit son réseau en ville et lui ait accordé toutes les autorisations. Je suis donc ouvert à discuter avec sa direction. Mais d’ici là, il est exclu de rester inactif, et ce pour le bien des citoyens. Car si la concurrence ne fait rien, Swisscom risque de dicter librement ses prix. L’opérateur a beau disposer de 6 à 8 milliards pour la fibre en Suisse, nous saurons répliquer, ici, par les SIG et l’opérateur local, 022 Télégenève.»

«Pas à n’importe quelle condition»

Un modèle à la fribourgeoise, où Swisscom s’est allié au Groupe E pour couvrir tout le canton, serait-il intéressant? «Pourquoi pas, mais pas à n’importe quelle condition. J’ai entrepris de réunir les principaux acteurs afin de coordonner la mise en place du très haut débit dans les foyers», poursuit Pierre Maudet.

Les travaux doivent démarrer ces jours. Les SIG vont s’appuyer sur leur réseau de fibre existant pour le développer en direction des immeubles résidentiels.

A Lausanne, rien de tel. Officiellement, en tout cas. «Swisscom a récemment lancé une campagne avec le slogan «Débarrassez-vous de votre câblo-opérateur». Cette façon de créer un rapport de force n’est pas très élégante, remarque Jean-Yves Pidoux, municipal en charge des Services industriels. «Nous n’allons pas, dans l’immédiat, communiquer sur un investissement global.» Une annonce à sur le modèle genevois est donc exclue. «Mais rien n’est certain, nous menons des discussions avec des partenaires potentiels. Je ne peux rien dire de plus pour l’instant.» Un accord avec Swisscom n’est donc malgré tout pas exclu.

L’opérateur observe ces manœuvres avec un vif intérêt. «Nous avons déjà signé des accords de coopération avec les villes de Bâle et Berne et discutons avec une trentaine de collectivités publiques, affirme le porte-parole de Swisscom. Nous sommes ouverts à tout type de coopération, nous pouvons vendre ou louer une fibre à nos partenaires. Cependant nous ne transigerons pas sur un point: nous voulons le contrôle total sur l’une de ces fibres.»