Edwin Walczak, gérant à la banque Vontobel, avait de quoi se réjouir lors de la présentation qui a eu lieu vendredi dernier. L'année 2000 a enfin marqué pour la première fois le retour des titres de valeur, après quatre années de mauvaise performance. A l'opposé des titres de croissance (comme certaines compagnies du secteur de la technologie, des médias ou de l'Internet), les titres de valeur se caractérisent par leurs bas prix en Bourse. Ces titres bon marché sont parfois liés au fait que la compagnie a fait des erreurs de stratégie ou de gestion, ou encore que le secteur dans lequel ils se trouvent est en difficulté. Les investisseurs qui parient sur ce genre de compagnies espèrent que leur prix remontera un jour et qu'il reflétera ainsi la vraie valeur de la société. C'est cette stratégie que la banque Vontobel a adoptée pour son fonds Vontobel US Value Fund (Lux), qui a affiché en l'an 2000 une croissance de 38,1%.

Pourtant, ce retournement récent du fonds fait suite à de longues souffrances. A l'image de Warren Buffet, George Soros ou encore Julian Robertson, les rois des stratégies d'investissement dans les titres de valeur, le fonds a connu un «annus horribilis» en 1999, année où les investisseurs ont massivement spéculé sur les sociétés de croissance comme l'Internet. Depuis l'automne dernier, marqué par l'effondrement boursier du secteur TMT (technologie, médias, télécoms), les titres de croissance sont devenus meilleur marché. Mais pour Edwin Walczak, ce n'est pas une raison pour commencer à en acheter. Premièrement, car il est difficile de trouver une comparaison historique pour valoriser les titres de la nouvelle technologie (faut-il prendre le début ou la fin des années 90, auquel cas le résultat sera tout à fait différent) et, deuxièmement, car entre 1991 et 1997, le fonds n'a jamais eu de titres TMT, alors que ceux-ci représentaient déjà 20% du marché américain. Une stratégie qui ne l'avait pas pénalisé à l'époque. «Nous avons toujours eu des difficultés à investir dans les titres technologiques car le marché bouge tellement vite… Il est difficile de dire qui seront les gagnants et les perdants dans trois, cinq ou sept ans», se justifie Edwin Walczak.

Fidèle à son gourou Warren Buffet, le gérant continue donc coûte que coûte de parier sur les titres de valeur et confie même qu'il serait temps d'en revenir à ceux de la vieille économie. Car, on l'avait deviné, c'est dans cette direction que Warren Buffet semble se tourner désormais. «Warren achète des titres dans des sociétés de briques, de peinture et même dans celles qui produisent des bottes de cow-boy», chuchote-t-on parmi ses élèves. En somme, les sociétés de briques et de mortier.

Les gérants du fonds Vontobel US Value Fund (Lux) utilisent une approche de bottom-up, c'est-à-dire qu'ils examinent d'abord les sociétés puis l'environnement macroéconomique dans lequel elles opèrent. A ce titre, ils recherchent des entreprises avec des marges brutes d'autofinancement (cash-flow) prévisibles, comme Coke, Disney ou McDonald's. En général, ils investissent dans des sociétés qui ont de fortes barrières d'entrée, qui dominent leur marché, qui possèdent des comptes de bilans sains et un management qui crée de la valeur pour ses actionnaires. En fin de compte, résume Edwin Walczak, «nous garderons notre approche d'investissement dans les titres de valeur, qu'elle soit rentable ou non dans le court terme. Car, dans le long terme, elle a réalisé une meilleure performance que celle du marché.» Le problème, c'est que les investisseurs n'ont guère la patience d'attendre. Aux Etats-Unis, ils investissent en moyenne dans un fonds pendant deux ans. En 1982, cette période était de cinq ans. Comment donc convaincre les clients? «Nous devons éliminer les day-trader et jouer aux échecs plutôt que de spéculer», répond le gérant.

La différence de rendement entre une stratégie d'investissement dans des titres de croissance ou de valeur devrait bientôt s'estomper, pense Edwin Walczak. A l'avenir et étant donné un contexte financier plus conservateur, le marché devrait commencer à favoriser les stock-pickers, c'est-à-dire les investisseurs de titres sélectifs. C'est d'ailleurs cette approche qui a été adoptée pour le fonds Vontobel Swiss Small Companies, présenté vendredi par Patrick Frei, responsable des actions suisses. Le fonds, destiné à la clientèle suisse, recense actuellement entre 80 et 90 sociétés et a affiché depuis son lancement le 2 mars 1992 une croissance de 412,3% contre une hausse de 330,7% pour l'indice Vontobel Swiss Small Companies. Et ce n'est pas tout: «Nous réfléchissons au lancement dans le courant de cette année d'un fonds similaire basé au Luxembourg pour la clientèle européenne», a déclaré Patrick Frei.