Quinze millions d'investisseurs dans le monde et des actifs sous gestion dans ses différents fonds de placement de 1065 milliards de dollars (1800 milliards de francs): Fidelity Investments est un géant mondial dans cette industrie. Quelle mouche peut donc le piquer pour vouloir venir établir une antenne en Suisse romande, plus précisément à Genève? «Compte tenu du succès de Fidelity en Suisse au cours des 18 derniers mois, nous avons souhaité y renforcer nos équipes de vente», commente Phil de Cristo, directeur général de cette société de fonds pour l'Europe continentale. Résultat: Fidelity Investments vient de nommer un directeur des ventes basé à Genève, en la personne de Thierry Reverdin, et une responsable marketing basée à Zurich, en la personne de Petra Rüegg.

Thierry Reverdin a été nommé le 1er juin. Jusqu'alors responsable des ventes institutionnelles d'actions à la Deutsche Bank Securities, il devra développer les contacts avec les institutions de langue française du marché suisse. Fidelity Investments ne distribue en effet pas directement ses produits aux investisseurs, mais passe par un réseau de clients professionnels (banques, gestionnaires de fortune, intermédiaires financiers).

Marché suisse essentiel pour l'antenne européenne

C'est d'ailleurs parce que ce groupe a réalisé l'importance du réseau de ces intermédiaires et petits professionnels en Suisse romande et au Tessin qu'il a décidé de s'y implanter directement plutôt que de traiter cette zone géographique depuis Zurich. De plus, le marché local des fonds de placement devrait être proche du tiers de ce que représente la Suisse pour l'industrie des fonds de placement avec un potentiel de développement plus important.

Or, le marché suisse est devenu essentiel pour l'antenne européenne du groupe américain. Comme le confirmait récemment au Temps son directeur des ventes, Raoul van der Lugt, «nous sommes aujourd'hui parmi les vingt plus importants promoteurs de fonds en Suisse et voulons, d'ici à deux ans, monter dans le groupe des dix premiers». C'est-à-dire, se retrouver côte à côte avec des UBS, CSAM et autres Swissca. Depuis 1991, année où Fidelity Investments a obtenu de la Commission fédérale des banques l'autorisation de s'y implanter, le groupe a connu une belle progression. Raoul van der Lugt ne veut bien sûr citer aucun chiffre. Par contre, il évoque volontiers que, depuis 1995, les encours de vente de parts de fonds de placement auraient progressé de… 2116% en Suisse! Et les ventes nettes, de 3460%. En moyenne, la taille de la position de Fidelity Investments en Suisse aurait donc doublé tous les ans…

En fait, l'importance réelle de Fidelity Investments en Suisse est un secret bien gardé. On peut cependant estimer que le volume d'actifs qui y ont été récoltés par le gestionnaire américain s'élève à environ 2,5 milliards de dollars (plus de 4 milliards de francs). C'est certes modeste au regard de ce qu'il gère hors des Etats-Unis et même dans le monde. Mais ces résultats nourrissent ses ambitions helvétiques. C'est donc pour stimuler cet appétit qu'il s'est aussi attiré les services de Petra Rüegg comme responsable de son marketing pour la Suisse. Jusqu'ici à la tête d'une fonction identique chez AIG Privat Bank AG à Zurich, elle devra donc mettre en place une stratégie spécifique pour le marché suisse.

P. Ct